Ce mur, qui le murmure de la mer ne mure,
Est mur à mer
Photo Jean-Christophe Lauchas
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Ce mur, qui le murmure de la mer ne mure,
Est mur à mer
Photo Jean-Christophe Lauchas
Mouss’ a amené Caramel
voir quelques édifices intéressant le patrimoine de la région
- Tu vois, dit Mouss’ la façade de cette école est ancienne ; on désire la conserver au titre du patrimoine.
- Qui, on ?
- Ceux qui répertorient les monuments à classer.
- Cinquante ans, c’est assez ?
- Pour savoir ce qui se faisait avant nous, oui.
- Mais l’hôpital que tu m’as montré tout à l’heure, il ne doit pas être détruit ?
- Si, il est obsolète.
- Il est si vieux que çà ?
- Oui il a trente ans d’âge.
- Je ne comprends pas, dit Caramel, plus futé que ce que Mouss’ pensait : trente ans, c’est obsolète et cinquante digne d’être conservé ?
- Bien sûr.
- Comment connaîtra-t-on le style des années 70-80 si on détruit les monuments de l’époque avant qu’ils aient cinquante ans ?
- Ces années-là ne nous intéressent pas.
- Et si elles m’intéressaient, moi ou mes enfants ?
-
Je t’assure que çà n’en vaut pas la peine. Tu peux me faire confiance, non ?
- Caramel n’aime pas qu’on lui impose une confiance qu’il n’accorde pas à priori. Il continue : « et notre maître, qui a trente ans de plus que ta façade, il appartient au patrimoine ou aux vieux déchets ».
- Voyons, ne parle pas comme çà. C’est vrai qu’il est obsolète.
- Pourquoi ? 30, obsolète, 50, à conserver, 80 vieux croûton. Je ne comprends vraiment plus.
- La courbe de la vie fait des sinusoïdes.
- Des sinusoïdes, qu’est-ce que c’est que çà ?
- Des ondulations.
- Comme la mer ?
- Si tu veux.
- Tu es en train de me dire que la vie fait des vagues ?
- Tout à fait. Tu as l’avant-guerre, le temps de guerre, les trente (dites) glorieuses, la décolonisation, la chute du mur, les héros de 68, les milliardaires qui nous viennent de l'est par communisme interposé, le temps des traders, la chance des Madof, les lendemains qui déchantent…
- Et rien qui enchante ?
- Si la généalogie, l’histoire, le patrimoine… Tout ce qui fait rêver.
- L’histoire et le patrimoine, c’est pas pareil ?
- L’histoire est faite par nos ancêtres, le patrimoine pas forcément
- Comment donc ?
- La hutte gauloise, c’est de l’histoire, même si nous sommes venus d’ailleurs récemment ; le blockhauss, qui a été construit pas les Allemands, c’est du patrimoine français.
- C’est ce qu’on appelle la fraternisation.
- Même si elle a commencé autrement.
-
Au fond, le patrimoine, c’est ce qu’on visite le jour du patrimoine ?
- Une peu, oui.
- Mais, dis-moi : pourquoi ne conserve-t-on que les façades ?
- Parce que les arrières sont pourris depuis longtemps.
- Comme chez notre maître alors ?
Depuis que
Mouss’ a lancé l’idée d’écoles sans classes [voir le blog précédent] il a reçu des quantités de commentaires et il sait de source sûre (elles le sont toutes quand elles ne sont pas erronées) que
l’association des parents d’élèves des écoles publiques et privées pour une fois d’accord ont écrit au Ministre de l’Éducation Nationale.
- Ils l’ont félicité au moins ?
- Oh, tu sais, ils en ont tellement vu qu’ils ne prennent plus parti.
- Pourquoi ont-ils écrit alors ?
-
Ils ont demandé que, au cas où cette réforme serait votée au Parlement (et ils ne voient pas pourquoi elle ne le
serait pas) - je cite - : « Dans le cadre de l’égalité des chances nous demandons à ce que chaque foyer où se trouve un élève scolarisable soit muni d’une web cam reliée à un service
central de surveillance ainsi que la création d’un corps d’enseignants-veilleurs pour contrôler ce que font les élèves chez eux quand les parents n’y sont pas ».
- Tu crois que c’est possible, çà ?.
- Bien sûr il en existe un excellent modèle à la Préfecture de Police de Paris pour surveiller la circulation dans la capitale. Il pourrait servir de modèle.
- Et les enseignants qu’est-ce qu’ils en pensent ?
- Ils sont contre mais uniquement sur le titre à donner au nouveau corps. Ils préfèreraient le titre d’enseignants-chercheurs
- Ils chercheraient quoi ?
- La petite bête, la faille de l’élève, la moindre inattention, la faute à sanctionner…
- Et pourquoi pas un bracelet électronique pour éviter l’école buissonnière de printemps ?
- Pourquoi pas ? Ils sont rôdés, bien au point. Le seul problème c’est qu’on ne sait pas où ils sont fabriqués. Ils risquent de provoquer des brûlures à en gonfler les chevilles des pauvres petits..
- Et comment se ferait la formation des nouveaux enseignants ?
- Par des stages dans les commissariats et dans les prisons.
- Et tu crois que les enseignants vont accepter çà ?
- Pour l’instant le gouvernement et les syndicats d’enseignants n’en sont qu’aux discussions préliminaires précédant les discussions préparatoires.
- Çà va changer drôlement le cours des choses !
- Pas tellement puisque ce n’est après tout que le rétablissement des pions, des études surveillées, des colles, des garde-champêtres et le désengagement des parents.
- Si c’est çà, le progrès, autant revenir aux méthodes anciennes, quand l’odeur de l’encre et de la craie à l’école rappelait l’odeur de l’encens des églises.
- Je vois, tu es un olfactif, toi.
- Et puis, çà ferait de belles histoires de blagues entre copains à raconter plus tard à nos enfants. Que va-t-on pouvoir leur dire maintenant ?
-
Déjà qu’on n’a plus d’histoires de régiments.
Caramel, qui écoutait cette conversation d’un autre monde se demandait dans quel milieu il était tombé.
- Ce n’est pas du caramel, dit-il, c’est de la mélasse.
Photographies de Vincent Gallière et Régine Rosenthal
- Tu
as vu, Caramel, ton école est fermée
- Chouette, dit Caramel, je vais pouvoir jouer avec mon jeu
électronique
- Non pas, dit Mouss’ nous allons en profiter pour commencer ton
apprentissage
- Mais l’école est fermée !
- N’oublies pas que tu es en apprentissage alterné.
- C’est bien ma chance.
- Ne regrettes rien. Sans ouverture d’école, pas de contagion, pas de déplacement qui réchauffe la planète, pas d’accident de car, pas de gilet jaune… L’ordinateur chez soi, c’est la solution
- La solution à quoi ?
- À tous les problèmes de l’école.
- Comment çà ?
- Tu travailles à la maison, sur l’ordinateur. Tu reçois les devoirs à domicile, et tu les renvoies à la fin de la semaine.
- C’est chouette, çà. Je me demande pourquoi on y a pas pensé plus tôt.
- Bien sûr que si, qu’on y a pensé. C’est la méthode Dewey.
- Elle est économique ?
- Oui, un staff d’éducateurs au chef lieu de canton pour préparer les devoirs et les corriger, une équipe itinérante pour rencontrer les élèves chez eux ou dans une salle de la Mairie
- Qu’est-ce que la Mairie a à faire dans l’affaire ?
- Çà c’est pour le brevet de citoyenneté. Il y aura un adjoint chargé des progrès des élèves de sa commune.
-
Quels avantages y trouves-tu ?
- Moins de monde sur la route, pas de racket ni d’enlèvement sur le chemin, pas de marché de chit en cours de route, pas de retard en classe…
- Et les maîtres, ils y trouveront leur avantage ?
- Bien sûr : pas de chahut en classe, pas de menace d’élève, pas de déplacement incongru pendant la classe, pas de ces appels qui coupent le cours et qui enlèvent au moins cinq minutes d’attention toutes les heures..
- Oui mais je n’aurai plus de copains.
- Il y aura toujours les SMS à toute heure, le stade le mercredi et la boîte de nuit le samedi
- Un jour sans et un jour avec
- Sans et avec quoi ?
- L’alcool et la drogue d’autant plus qu’il n’y aura plus ni leçon de morale du maître, ni toutes ces propagandes que l’école est chargée de transmettre. Rien que des cours non surveillés. Le rêve, quoi !
- Je crois savoir que les enseignants sont contre.
- Pourquoi ?
- Par principe : ils sont contre tout.
- Pas seulement.
- Non : ils refusent d’avoir à se déplacer sur les routes, ils contestent l’application des élèves non contrôlés, regrettent l’absence d’émulation et trouvent que c’est catastrophique côté socialisation.
- Ils sont bien les seuls.
- Non leur pétition est déjà signée par des centaines de psychiatres, psychologues, assistantes scolaires…
- Pourquoi donc ?
- Ils sentent les élèves leur échapper.
- Leur échapper pourquoi ?
- Pour les confidences, les conseils, les médicaments à distribuer et toutes ces choses dont on ne parle pas en classe et qui font le bonheur du service médical scolaire.
- Les élèves s’en plaindraient-ils ?
-
Bien sûr, il leur manquera toujours ce coocooning qui remplace les heures de maths. Aller aux toilettes, ce n’est pas assez long. Il vaut mieux aller à
l’infirmerie.
- Tu n’en auras pas besoin si tu restes à la maison tout seul. Tu apprendras l’autodiscipline..
- Oui mais il y aura toujours le danger de l’arrivée inopinée des parents et je plains les enfants de riches
- Pourquoi ?
-
Je suis sûr qu’on va leur trouver un précepteur pour suivre leur travail.
Photographies d'Anthine@ et Régine Rosenthal.
J’ai un nouveau
chat. Il s’appelle Caramel. Il est roux et blanc avec une queue touffue comme celle d’un écureuil. Il a les yeux couleur de miel. Mous’ le regarde
avec un brin d’inquiétude. Il se demande si on ne va pas le limoger pour le remplacer par le nouveau venu. Il a vu çà si souvent dans les entreprises où il assurait le gardiennage des entrepôts
contre les souris !. C’est le syndrome anti-jeunes des chats.
- Dis-moi, pourquoi a-t-il une tache blanche sur le dos ?
- C’est par là que sa mère le tenait quand elle l’a trempé dans le caramel.
- Mais il a le ventre et les pattes tout blancs
- C’est parce que a mère l’a léché sous le ventre et sur les pattes.
- Et pourquoi le dos est-il encore caramel ?
- Parce que le caramel mou çà va un moment et puis çà écœure. Sa mère en as eu assez de lécher dans le caramel ; elle s’est arrêté à la ligne de flottaison.
- La ligne de flottaison ?
- Oui, celle qui sépare les pattes du dos comme qui dirait le safran de la coque. Tu l’aimeras, tu verras.
-
Ce n’est pas pour qu’il me remplace, dis ?
- Non et la preuve, c’est que c’est toi qui va l’éduquer
- Ce n’est pas une preuve. Ils disent tous çà ; les patrons ; et quand le successeur est bien formé : « merci et au revoir, je n’ai plus besoin de vous. ».
- J’aurai besoin de toi aussi, pour le diriger. Deux chats ce n’est pas de trop si ton blog prend de l’ampleur.
- Tu nous mets en concurrence ?
- C’est toujours toi qui le signeras.
- Tu crois qu’il va m’écouter ?
- Il sait déjà se servir de l’ordinateur. Pas plus tard qu’hier il a sauté sur le clavier et mis en marche l’imprimante
- Et alors ?
- Il est allé voir le papier qui sortait et quand il s’est aperçu que ce qui s’imprimait n’avait aucun intérêt pour lui, il est parti.
- Serait-il surdoué ?
- À quatre mois, il sait déjà ouvrir l’électricité dans ma chambre.
- En appuyant sur l’interrupteur qui est près de la porte ?
- Non, en mordillant le bouton de la lampe.
- Si je comprends bien, il promet.
- Il est un peu vif-argent mais l’âge va l’assagir.
- Je voudrais bien l’espérer mais je l’ai vu faire, hier : il a arrêté le numérique et, dans la foulée, bloqué les majuscules et allumé le défil. N’importe quoi, comme çà, pour voir.
- Tu sais, tous les jeunes apprennent comme çà. C’est la méthode des essais et des erreurs.
- Oui mais moi, je suis de la vieille école, celle où l’on apprend avant de se mettre au travail..
-
Oh, tu sais, aujourd’hui !’économie des gestes n’est pas plus de mode que celle des moyens. En fin de compte ils finissent toujours par s’y faire.
- Je ne sais pas si je vais pouvoir tenir avec un zigoto pareil
Photographies Régine Rosenthal