- Alors, mon chat, quel texte as-tu à me donnr aujourd’hui ?
- Rien de spécial. Et
toi ?
- J’ai envie de parler de l’avarice.
- Un rat ? Ne compte pas sur moi pour çà.
- Je me lance.
L’avarice
Il a invité quelques convives à goûter des fruits de mer . Il ne veut pas de homards, de langoustes, de crabes ni même de langoustines, à cause des pinces provocantes, pas de crevettes roses bonbon, qui sont friandises enfantines, pas d’huîtres non plus, trop grasses, provocantes, dispendieuses. Il aime bien qu’elles s’enferment dans un coffre-fort mais pourquoi ont-elles besoin d’en nacrer l’intérieur ? Pas étonnant qu’on les vole, qu’on les force, qu’on les viole. Sa cassette à lui, il la veut terne plutôt qu’irisée, même à l’intérieur. Étaler ses richesses, c’est trop d’indécence !
Il aime bien les bulots, à cause de l’opercule sous lequel il cache ses secrets. Il apprécie leur aspect rocailleux mais il préfère les bigorneaux : il en a beaucoup plus pour le même prix et on met plus de temps à les extirper de leur coquille, un temps infini, convivial, pareil à celui d’un interminable repas. Une épingle suffit. De toute façon il reste toujours un peu de bigorneau dans le fond en colimaçon.. Les convives ne pensent qu’à mâcher : çà fait manger du pain et c’est moins cher que les fruits de mer.
Le soir, quand les convives sont partis, il récupère les coquilles ; il les concasse ; il en retire les bouts de tortillons, assez pour se régaler, en solitaire, du meilleur du bigorneau. Il n’a pas tout perdu.