- Dis-moi, qu’est-ce qu’elle avait ta voisine à
ronchonner comme çà ?
- C’est normal, Mouss’, elle a cherché tout hier à téléphoner à l’Ursaff
- Et alors ?
- L’Ursaf ne répond pas.
- Elle n’a qu’à envoyer un mail
- L’Ursaf de Bordeaux n’a pas de mail connu.
- Elle n’a qu’à écrire.
- On ne répond pas à ses lettres.
- C’est normal, c’est un service public
- Et tu trouves que c’est normal pour un service public ?
- Bien sûr, les services publics n’ont pas de moyens. Ils le disent bien assez.
- Les services privés non plus, sans doute
- Pourquoi ?
- J’ai voulu appeler un service après-vente d’un appareil ménager, je n’ai jamais réussi.
- C’est normal les lignes n’aboutissent jamais là où il faut et jamais directement.
- À quoi çà sert alors, un téléphone ?
- À téléphoner
- C’est ce que j’essaie de t’expliquer
- J’ai dit à téléphoner, Mouss’, je n’ai pas dit à répondre au téléphone.
- Pourquoi ils ne répondent pas ?
- Parce que les téléphones sont occupés par l’avant vente ?
- L’avant vente ?
- Oui par ceux qui cherchent à vendre le nouveau modèle et qui téléphonent à tous les numéros qu’ils trouvent dans l’annuaire.
- Comme Veolia pour ses assurances, les détermiteurs qui veulent absolument te trouver des termites, les marchands de fenêtres prêtes à poser, les marchands de chaudières, les agences immobilières qui cherchent à t’acheter ta maison…
- Comme les politiques en campagne, alors ? A voir les résultats c’est beaucoup de salive dépensée pour pas grand chose.
- D’ailleurs quand tu veux leur répondre on te dit soit que le numéro n’existe pas, soit que je ne suis pas autorisé à l’appeler.
- C’est pour çà que la téléphonie explose.
- Pas forcément pour çà mais comme çà
Photographies Régine Rosenthal