- Alors, mon chat, c’est le jour des morts aujourd’hui. As-tu des fleurs à porter au cimetière ?
- N
ous, les chats, nous avons nos gardiens du cimetière
- Comment çà ?
- As-tu vu le Père Lachaise ?
- Sur les froids tombeaux viennent les chats avec leur sérieux de croque-morts.
- Pas froids du tout avec le soleil qui chauffe les pierres. Toute la gamme des chats déférents…
- Brr…
- Tu sais, bien des femmes sont venues se frotter à Victor Noir. Ce ne devait pas être aussi froid au çà.
- Absurde croyance. C’est dans le pas lent des chats du Père Lachaise que Joseph Delteil reconnaît le cours des âges.
- Et dans les allées garnies de feuilles jaunies, qui sont nos allées de promenade il y aura du monde aujourd’hui. C’est le jour de la visite.
- LE jour de visite ?
- Oui les humains n’ont pas autant de gardiens que nous.
- Mais ils portent des fleurs
- Je préfère le cimetière russe où l’on jardine les roses
- Et les conversations.
- C’est vrai mais je croyais que tu irais au cimetière de l’île d’Asnières
- Le cimetière des chiens. Bien peu pour moi.
- Il n’y a pas que des chiens : il y a le cheval de Pasteur, les serins d’une reine, les…
- Je n’aime pas les animaux quand ils copient les humains
- Pourquoi ?
- Ils y perdent leur âme
- Et toi, que fais-tu ?
C’est ma maîtresse qui m’imite. Tu as vu quand elle m’appelle ? On dirait qu’elle miaule ! Et quand elle se met à quatre pattes, quand elle tire la langue, quand elle se pelotonne dans son fauteuil, quand elle se frotte au radiateur, quad elle joue avec des pelotes de laine ...
Photographies Jean Naugrady