Les femmes
venaient autrefois à Leyre rincer la « bugade » en troupes joyeuses de lavandières hélées par des « radchaïres » qui descendaient la rivière debouts sur leurs radeaux de
troncs d’arbres. Depuis qu’on ne livre plus le bois par voies d’eau "les radchaïres" sont remplacés par des canoéistes qui descendent la rivière avec la célérité de forceurs de blocus cherchant à
échapper aux Indiens. C’en est bien fini pourtant du « fleuve impassible » et nos modernes cascadeurs échappent d’autant mieux aux « peaux-rouges criards » que les rives de la
Leyre ne servent plus de refuge qu’à quelque romantique fillette lisant au bord de l’eau en mal de solitude.
Étrange rivière que cette Leyre qui draine sur son fond rouillé toute la fraîcheur des bois penchés sur elle comme l’ont voulu les bonnes fées de la lande et qui, parfois gonflée jusqu’à envahir les prés et les chemins, cerne les arbres comme autant d’îlots d’où s’échappent les racines, comme des cordages. Au débouché du Bassin, elle se fond dans l’eau de mer, satisfaite de l’y trouver plus détachée de l’Océan que lorsqu’elle devait aller à Lège l’y chercher.