Caramel voudrait aider le Père
Noël
- Dis moi, Mouss’, comment puis-je m’inscrire pour aider le Père Noël ?
- Pourquoi veux-tu aider le Père Noël ?
- J’aime bien l’humanitaire.
- Mais c’est dur, tu sais, très dur. Et puis, que comptes-tu faire ?
- L’aider à préparer sa campagne.
- Mais ce n’est pas une campagne électorale.
- Je sais, mais je sais des tas de choses qu’il ne sait pas
- Comment ? Toi, savoir plus que le père Noël ? Tu es d’un prétentieux…
- Pas du tout. Qui connais mieux les toits que les chats ? Qui en parle mieux qu’eux, Verlaine excepté ? Pas une cheminée que je connaisse, par une gouttière, pas un balcon, par une rambarde, pas une chatière.
- Et alors, ?
- Je lui dirai où passer pour aller plus vite. Et puis, à force de fréquenter les toits, nous savons ce qu’il y a dessous, les enfants qui pleurent, ceux qui n’ont rien. Au lieu de çà, le Père Noël distribue à tort et à travers et même souvent il donne le plus de jouets à ceux qui n’ont besoin de rien. Je lui dirai, moi, qui a besoin de lui et qui se moque de lui en revendant ses cadeaux sur internet le lendemain. Tu crois que çà lui fait plaisir après tout le travail qu’il a fait cette nuit-là ?
- Au fond, tu voudrais rétablir un peu de justice dans les distributions de Noël ?
- Bien sûr. Avec ses lutins mal rasés qui le précèdent partout, ses missi-dominici commerciaux qu’on ne voit qu’un mois et qui ne savent rien…
- Ils sont mal payés, tu sais.
- Ce n’est pas une raison pour ne rien savoir.
- Comme ceux qui font la campagne des candidats aux élections ?
- Ils ne sont pas plus écoutés.
- Pourquoi ?
- Parce que les gros, du type du Père Noël, ils n’écoutent personne.
- Même ceux qui savent ?
- Surtout ceux qui savent.
- Et pourquoi dont ?
- Parce qu’ils sont la connaissance infuse et imbue. Ils sont ceux qui savent. Ils n’aiment pas qu’on ergote.
- Et s’ils se trompent ?
- Saches, petit, qu’un gros ne se trompe jamais.
- Pourquoi ?
- Parce qu’il est gros.
- Et les lettres qu’ils reçoivent, qu’est-ce qu’ils en font ?
- Ce doit être classé aux archives.
- Pour quoi faire ?
- On les ressort quelquefois, quand il y a un procès. Il y a toujours un avocat pour parler de l’enfance malheureuse d’un criminel.
- Parce qu’un criminel, c’est quoi pour un avocat de la défense ?
- Celui qui n’a jamais reçu de cadeau du Père Noël…
- Il y a bien des enfants malheureux mais des enfants qui n’ont jamais rien reçu du Père Noël, je n’y crois pas.
- Tu es naïf. On voit bien que tu ne grimpes pas sur les toits, comme moi.
- Et comment penses-tu faire pour attirer l’attention du Père Noël?
- Nous ferons une grande manifestation sur les toits avec banderoles, cordes de rappel, mégaphones, nous bloquerons les dépôts de jouets, nous l’empêcherons de passer dans les cheminées et alors…
- Alors quoi ?
- Je ne sais pas. Mais c’est toujours ce qu’on fait quand on réclame un peu plus de justice.
- Et c’est toi qui sera mal vu.
- Pourquoi donc ?
- Parce qu’on dira que tu empêches le Père Noël de faire sont travail.
- Et si le Père Noël faisait grève ?
-
Tu te rends compte de l’effet désastreux d’une grève de Père Noël, un soir de Noël ? Je vois d’ici les journaux : encore un qui ne travaille qu’un jour
par an et qui fait grève !