Lassé de ses histoires
persanes et pour lui faire oublier sa Roxanette qui semble bien ne pas lui avoir écrit depuis quelques jours, j’ai amené mon chat voir la XIIème festival international de céramique à l’abbaye
d’Arthous, à Hastingues. Je n’ai certes pas oublié les précautions d’usage :
- Fais bien attention il n’y aura là-bas que de la porcelaine, de la céramique et du grès. Tout ça, c’est fragile.
- Je ne suis pas un éléphant, dit-il, mais un chat et je sais marcher dans un magasin de porcelaine même si je dois me cacher dans quelque pot
- Tu es souple, je sais, mais si quelque chien te poursuit ?
- C’est le chien qui renversera la céramique et pas moi.
Quand il a su que c’était la Chine qui était invitée, il a fait la grimace
- Tu m’a l’air de ne pas aimer la Chine ? lui dis-je
- Un pays qui a mis à l’honneur l’année du rat, parles m’en ! Et puis avec ses dragons, ses chiens à tête de lion de l’époque impériale…Ils mangeraient du chat que ça ne m’étonnerait pas.
- Tu oublies ses porcelaines si fines que je t’y verrais au travers. Voltaire aimait la porcelaine chinoise. Mme Geoffrin aussi, et Mme du Châtelet, et Matisse. Si tu ne rentrais pas dans tous les pots, je t’amènerais volontiers voir le musée Guimet.
- Oui mais la Chine d’alors c’était la Chine impériale, pas la Chine démocratique
- Quand tu auras fini de tout critiquer. Allons, pas de pot-litige, dis-je, soucieux d’éviter un clash international..
- Je pourrais me cacher dans les pots du musée Guimet, dis ?
-
Non
- Tu m’achèteras une petite bête en céramique pour envoyer à ma Roxanette ?
- Non.
-
Alors, ça sert à quoi de faire venir les Chinois ?
- Je
vais te montrer ce qu’ils font : des poubelles rouges
- Elles ne sont peut-être pas chinoises.
- Regarde, c’est écrit en chinois à côté et le rouge c’est une couleur importante en Chine.
- C’est tout ?
- Il y a aussi des toilettes sèches
-
Des toilettes sèches, qu’est-ce que c’est que çà ?
- Des toilettes sans chasse d’eau. Tu prends un pot de sciure de bois
et tu en verse une ou deux mesures selon la taille de tes déjections.
- Mais j’ai toujours fait ça, même si ce n’est pas de la sciure de bois que je mets mais de la bonne terre que je fertilise.
Un moment réconcilié ave une Chine sans chasse d’eau (ah ce bruit des chasses d’eau qui ont l’air de tout avaler !) mon chat est revenu vers moi pour me dire
- C’est de l’imitation chinoise, de la contrefaçon française. Il n’y a rien de chinois là-dedans. C’est Chinois comme moi je suis Roi de Prusse.
- Ce n’est pas ma faute si les quinze théières venues de Chine ont été vendues dans l’enthousiasme des premières heures de la foire !
-
Ils n’ont pu en faire que quinze, avec la population qu’ils ont ? Y aurait-il une crise de la porcelaine chinoise, des chômeurs au RMI ?
- Ils ne savaient pas que la Chine était aimée à ce
point.
- Toujours l’exotisme. Je préfère encore revenir en Perse
- Ce n’est plus la Perse de Zoroastre, tu sais. Les sages y ont été remplacés par des mollahs et des ayatollahs formés à l’école française de Neauphle-le-Château.
-
Oui mais leurs chattes sont toujours persanes.

Les photos sont de Régine Rosenthal
Les céramiques de Nicole Chatignol