Un jour que je pénétrais dans une de leurs maisons je vis , dès la porte franchie, la campagne dans la maison avec un jet d’eau dans le milieu. J’ai cru que c’était pour leurs ablutions mais on me dit que non que c’est pour leurs décors.
- J ‘en ai vu chez nous aussi, chez Tati par exemple quand le jet d’eau se déclanche à l’ouverture du portail
-
Dans les maisons espagnoles aussi, il y en a. Elles les tiennent du passage des arabes sur leurs terres. Ils viennent deviser autour du jet comme nous autour de la
piscine.
- Comme nos lavandières autour du
lavoir ?
- Les persanes ne lavent pas le linge en public . Elles ne se parlent jamais dans la rue. D’ailleurs elles ne se reconnaîtraient pas entre elles. La femme est le décor de leurs harems comme les chattes persanes chez nous, qu’on ne voit jamais sortir de nos salons.
- Il y a des chattes dans les rues même en Perse, même si tu ne les reconnais pas sous leurs lourds vêtements tu vois bien que ce sont des chattes tout de même et pas des drag-queens.
-
La rue, c’est le pire des pièges pour nous autres, les chats. Pire que les herbes folles des jardins qui nous dépassent.

A tant nous défiler entre toutes ces robes qui traînent à terre, j’ai vite perdu le plan des rues, des ruelles, des cours, des souks et des places. D’autant plus que les noms des passages sont
écrits trop haut, quand il y en a, et en Persan.
- Comment peut-on lire le persan ? Tu as bien quelques détails exotiques ç me raconter?
-
Oui, leurs mosquées, par exemple : un jour que je suivais les pas de la foule, j’entrai dans une salle où il y avait tant de paires de chaussures abandonnées
que j’ai frémi rien qu’à la pensée de tous ces pieds qui seraient unis pour me jeter dehors. J’ai d’autant moins insisté que je ne suis pas mahométan
et que je n'aurais pas su me comporter.
- On dit que le bruit, l’odeur des villes…
-
Un jour que j’entendais psalmodier à mon niveau, le niveau ras de pavé, je vis une cour où une vingtaine de chats, assis par terre, psalmodiaient des sourates tous
ensemble en se balançant d’avant en arrière. On aurait dit des encensoirs qui lâchaient à chaque fois une bouffée d’encens au nez du maître qui la humaient avec béatitude.
- Comme font nos maîtres quand on récite bien ?
- Exactement. Au fond, c’est un peu la méthode Coué.
- Vous connaissez cette méthode, vous aussi ?
- C’est la méthode la plus universelle qui soit. L’information-arrosoir : il suffit de transpirer ce que dit la télé ou la radio pour être sensé avoir tout compris. C’est pareil pour l’éducation-marteau : ça doit rentrer un peu plus profondément à chaque coup. Regarde les comme ils sont contents quand on répète ce qu’ils ont dit. Coué, coué, coué, vive la méthode. Coué, coué, coué, toujours à la mode.
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Hors Coué, pas de chat-lut
Il leur reste la récréation...