
J’ai retrouvé mon chat sur les genoux de trois petits enfants du voisinage
- Ah, te voilà, toi.
- Je ne te cause plus
- Et pourquoi ne me parlerais-tu plus ?
- Parce que tu as pris mes lettres et que tu les as lues à tout le monde
- Ça prouve que tout le monde s’intéresse à toi.
-
Les aventures orientales, ça ne regarde que moi, d’autant plus que je me suis fait flouer par cet eunuque de malheur qui n’en voulait qu’à mon portable, à mon
argent, et peut-être aussi à ma petite Roxinette chérie.
- Tu vas la revoir ?
- Je ne sais pas. Je n’aime pas beaucoup ce pays de tribunaux islamiques et d’ayatollahs qui ont toujours raison au nom du Coran.
- Parce que tu crois sans doute que nos tribunaux de droit universitaire passé par notre école supérieure de la Magistrature sont plus démocratiques que les tribunaux de droit divin et que nos directeurs de conscience ne trouvent jamais leurs exemples dans la Bible ?
- Je n’ai jamais eu de directeur de conscience.
- Elle ne devait pas aimer ça ta petite mahométane. Je te connais : Ni Dieu ni Maître !
- Pas tout à fait mais j’aimerais un contrôle démocratique des fonctions que nous leur abandonnons un peu trop facilement. Leur intime conviction, qu’ils disent. Tu crois qu’ils ont des convictions et qu’ils font dans l’intimité ?
- Un tribunal, ce n’est pas une association caritative.
- Je le sais d’autant plus que nos magistrats craignent la concurrence des humanitaires..
- Remarque bien qu’il y a des ayatollahs partout.
- Qu’appelles-tu des ayatollahs ?
-
Ceux qui croient avoir toujours raison, donnent des leçons à tout le monde et n’écoutent jamais personne.
- Des gens d’église, des pieux
-pieux qui nous font la morale?
- Pas seulement : on en trouve chez les universitaires, les théoriciens, et même chez les écologistes
- Eux, ce n’est pas pareil. Ils ont forcément raison puisqu’ils ne parlent que pour notre bien
- Comme les banquiers, les politiques, les gourous… C’est fou le nombre de gens qui ne veulent que notre bien. Qu’as-tu vu d’autre en orient
- A part les monuments dont les plus importants sont des palais aux portes en fer à cheval et des mosquées flanquées de minarets minces comme des top-models. Il y a des coupoles partout alors que nous n’en mettons qu’en certains monuments et rarement. j’ai été frappé par les hommes avec leurs turbans, les femmes que je n’arrivais pas à différencier les unes des autres tant elles étaient ensachées dans des toiles et je me serais perdu cent fois à éviter ces robes dont les unes s’étalaient devant les bancs ou s’arrêtaient aux étals des souks et les autres se déplaçaient dans tous les sens à croire qu’elles étaient portées par des derviches tourneurs si je n’avais été souvent guidé par les yeux brillants de leurs minettes qui s’appliquent à y mettre du khôl et cachent leurs minois là où les nôtres s’emploient à combattre les ravages du temps.
- Mon chat, qui avait retrouvé le calme d’une vie de province occidentale et se laissait embrasser par les enfants comme un grand oncle qui reviendrait d’une expédition lointaine s’interrompit pour une profonde méditation à la recherche de quelque scène orientale…
Photographies d'Hélène Durand, Antine et Cristelle Daniel