Mon chat a rencontré une petite
chatte persane à une sauterie turque où elle chantait un karaoké en javanais.
- - Comment peut-on être persane ? demandais-je à mon chat.
Il ne se l’était pas demandé. Il lui a fait les yeux doux à sa manière de gros chat dragueur invincible. Il a vu dans ses yeux tout l’orient des perles, l’éclat des diamants, les reflets des soieries. Il serait allé au bout du monde avec elle et même s’il l’avait fallu à dos de ces terribles dragons que peint Joëlle en son blog oriental, à l’ombre des banians.
- - Mais elle, qu’a-t-elle pu voir en toi ?
- - Elle m’appelle son gros dur. Elle me dit que ça la change des douceurs orientales trop pareilles à du lokoum qui fait grossir. Elle en a marre des copines de sérail, du voyeurisme des eunuques. Elle a envie de goûter à autre chose, elle ne sait pas à quoi mais ça se voit dans ses yeux effilés comme on en dessine dans les journaux de mode.
- - C’est pour cela qu’elle t’a ensorcelé ?
- - "Chat-toneri, chat-rivari, chat-mailleri,
cati-mini". Je suis son grand effendi, son mamamouchi, son vizir adoré.
- Son castrat, son eunuque, son
bachi-bouzouk…
- Peut-être.
- Et tu t’es laissé faire ?
- Tu sais, j’ai été chat de sorcière, chat de diseuse de tarot et de marc de café, chat de boule de cristal, j’ai lu dans les lignes de la main par-dessus l’épaule de ces gitanes dont on dit qu’elles ont la beauté du diable, je n’ai jamais vu chatte aussi belle venue du pays des derviches tourneurs, des déhanchements lascifs et des danses onduleuses plus souples que nos sauts-de-chats.
- Elle t’a sans doute proposé un voyage à dos de dragon ?
- S’il l’avait fallu, pourquoi pas, mais déjà que je n’aime pas les fourmis volantes alors, les dragons aux ailes de chauve-souris, fort peu pour moi. Elle m’a invité à aller visiter le pays du Kama-Soutra en tapis volant de première classe
- Qu’appelles-tu un tapis volant de première classe ?
- Celui qu’on déroule sous les pas des hommes politiques. Un tapis bien propre pour des pieds qui ne le sont pas forcément.
- Tous les tapis se foulent aux pieds.
-
Il y a les tapis de seconde classe qu’on enroule autour d’un fakir comme chez elle ou d’un cadavre, comme chez nous. Ils sont moins chers mais on y est
secoué.
- C’est tout ce qu’elle t’as promis ?
- Elle m’a dit aussi qu’elle me raconterait chaque soir les contes des mille nuits.
- Et que lui as-tu répondu ?
- Que je préférais commencer par la mille et unième.
- Pourquoi ?
- Parce que je n’ai pas envie de m’endormir pendant qu’elle parle de la lampe d’Aladin.
- Et tu la revois quand ta persane?
- Quand elle aura préparé les papiers pour le mariage blanc qu’elle m’a proposé.
Photographies de Régine Rosenthal et de Cécile Durand