J’ai trouvé mon chat très préoccupé ce matin. Plus encore que d’habitude, ce qui n’est pas peu dire.
- - Que t’arrive-t-il ?
- On ne parle pas assez de nous. Il me faut créer un événement.
- - C’est une idée. A quoi penses-tu ?
- -- Un salon littéraire
- C’est d’un commun ! Et comment feras-tu pour faire venir à la fois les auteurs et les lecteurs potentiels ?
- Ce n’est peut-être pas la peine de faire venir des auteurs.
- Pour un salon littéraire, ça me semble indispensable.
- Mais si l’on parle de nous dans la presse, on peut faire venir n’importe qui. Ce ne sont pas les badauds qui vont manquer.
- Et c’est toi qui signera ?
-
Pourquoi pas ?
- Tel que je te connais, tu ne vas pas attraper la crampe de
l’écrivain-qui-signe-tous-ses-livres-lui-même. Il vaudrait mieux faire un journal.
- Oui mais je voudrais un journal type tabloïd, un « pipole » gratuit.
- C’est bien, mais pour cela il te faut la pub de sponsors.
- On va mettre Whiskas dans le coup et Friskies et Félix. Tu ne connaîtrais pas une firme de pillule amaigrissante, de vernis à griffes ou de laque à lustrer les poils de chats ? On ne peut pas mettre que de la bouffe. Pour qui nous prendrait-on ?
- Fais venir Coffe. Avec lui on a la pub pour n’importe quelle bonne bouffe à chat.
- Il est trop cher pour nous.
- Pour les pillules et la laque, tes copines doivent bien savoir, mais pour tes sponsors il te faut un sujet qui leur fasse tilt, quelque chose qui sorte de l’ordinaire.
-
Une sortie à vélo et tous à poil par exemple. On voit ça aux nouvelles quand les contestataires se mêlent de contester à leur corps
défendant.
-
Un chat en vélo on en voit déjà dans les cirques. A poil pour des chats ce n’est pas facile à moins que tu recrutes quelques chats à poils ras pour l’occasion. Des
femelles de préférence, type starlets, si tu veux publier leurs photos dans les plus langoureuses et suggestives des poses.
- A vélo. ?
- Non pas à vélo, en studio.
- Tu vois que ce n’est pas facile de créer un événement.
- Une journée porte ouverte, ça ne te dirait rien ?
- C’est vrai qu’une visite gratuite de nos gouttières et un concert de miaulements par dessus les toits, ça aurait de la gueule. Je veux dire que ce serait franc du minois.
- Et s’il vente, s’il pleut ?
- Nous ouvrirons les greniers de la ville, en levant les vasistas. Nous ferons l’amour pour vous. J’ai déjà le texte que Joseph Delteil a écrit: « Au même instant toutes les chattes ont poussé le grand cri du spasme, le grand cri tragique des renouvellements et des fins… Pas une femelle au monde qui jette dans son cri d’amour autant d’angoisse, de nostalgie, de terreur, de satanisme et de volupté ! »
Ce n’est pas un événement, ça ?