Pénélope revenait du cimetière où l'on venait d'inhumer Ulysse, pour une fois bien calé dans sa terre.Elle avait bien supporté la veillée aux morts, les longs cris des pleureuses. Maintenant
qu'elle était seule, que son fils était parti, elle regardait la mer en silence avec ce regard douloureux qu'ont les femmes qui se penchent sur leur passé.Elle se souvenait des vingt ans
d'errance de son époux, les plus durs de sa vie de femme abandonnée, vingt ans sans nouvelles et les voisins qui la pressaient de prendre le deuil, et le jeune Télémaque qui avait eu
une adolescence sans père,. Elle avait du l'élever seule avec tous les aleas des familles monoparentales. C'est à sa relative jeunesse et à son enfermemebnt au palais qu'elle
avait pu supporter la longue attente que lui imposait Athéna. Elle avait tenu bon dans l'attente parce que les délais légaux qui permettent de reconnaître une disparition en mer n'étaient
pas révolus et qu'elle connaissait la violence d'Ulysse et qu'il avait le droit pour lui. Elle savait qu'en cas de faiblesse, personne ne la défendrait, même pas ceux qui la poussaient à prendre
amant ou mari. Et lui, pendant ce temps, qui prenait du bon temps.
Pour rejoindre le palais vide Pénélope avait pris une de ces chemins de pierre où roulent les cailloux sous les pas. Le souvenir de toutes ces années passées dans l'indifférence de la mer
remontait en elle par gros relents. Ce faisant, elle tournait le dos à la Grèce éternelle que la guerre avait pourrie jusqu'à l'adultère, jusqu'au meurtre. Pour cette catin qui suivit Pâris
jusque dans son lit.Elle avait fini par haïr la guerre puis la mer. Son attente, désormais, n'avait plus de sens.
Les notes de mon chat se suivaient dans le désordre, j'ai cru devoir reprendre ce feuillet égaré sous sa griffe féline.