Les réservoirs à poisson à
l’eau tamisée par des écluses bardées de toile de jute opposent un solide barrage entre les ports du Teich et de la Mole. Les ostréiculteurs qui se sont installés à la Barbotière près du Lycée de
la mer viennent du Canal tout proche aujourd’hui endormi à l’ombre des cabanes devenues vétustes en quelques années comme touchées par la malédiction qui y frappait naguère les confiseries de
sardines, fortes bâtisses de briques désormais désertes en bout de darse. Et l’on n’oublie pas au pied du vieux moulin de Larros branlant de toutes ses pierres rouillées et fermé par mesure de
sécurité que, sur ces quais en pente, on laissait glisser pinasses et cotres sardiniers avec la solennité que requièrent les baptêmes.
Tout près de là Gujan dispose, au pied de l’église, du plus authentique cimetière marin ayant jamais existé (celui de Valéry est au sommet de la colline de Sète). La marée y remonte la pinasse et plus d’un vieux matelot que la mer a oublié de prendre ou accidentellement rendu au rivage a dû plus d’une fois s’y sentir chatouiller l’âme par le flot.
Photo Jean-Christophe Lauchas