- D’où sort-il le chat que tu m’as confié ?
- Pourquoi dis-tu çà ?
- Il est complètement fou, ne mange rien comme nous, ne fais rien comme nous, ne sais rien de ce que nous savons, nous, les chats
- Il est jeune tu sais.
- Ce n’est pas une raison pour aimer le pain d’épices et ne pas aimer les croquettes.
- Je le confesse
- C’est un chat qui se lave à l’eau et pas à sec
- Il se lave à l’eau ?
- Oui, je l’ai vu faire : il s’installe dans un lavabo quand il y a un fond d’eau et là, il se lèche. C’est comme pour boire.
- Tu ne vas pas me dire qu’il boit au verre ?
- Presque. Il ne sait pas boire au robinet : il attrape les gouttes d’eau avec sa patte et les porte à sa bouche.
- Il est trop humain à ton goût ?
- Si tu veux dire par là qu’il est un peu fou, je te dirai oui sans hésiter.
- En quoi est-il fou ?
- Il se jette sur sa maîtresse chaque fois qu’elle tricote.
- Souviens-toi de ta jeunesse.
-
Il mange tes gommes et emporte tes lunettes
- C’est un chat intellectuel
- Intellectuel ? Tu y vas fort
- Tu es jaloux. Je sais que son académie des chats tricotants t’indispose
- Un blanc bec de cet acabit ? Si tu savais ce qu’il a fait hier.
- Qu’a-t-il fait encore ?
- Tu sais qu’il joue le fier avec sa fourrure épaisse et sa queue qu’on dirait un plumeau à poussière…
- Tu ne vas pas me dire qu’il a fait le ménage ?
- Non mais la maîtresse faisait hier de la confiture de melon d’Espagne mâtinée d’oranges
- Et alors il a mangé les oranges ?
- Attends. Elle avait mis de côté la cuillère en bois qu’on appelle « papinette » dans les Ardennes et avec laquelle elle touillait la confiture en train de cuire.
- Il l’a léchée ?
- Non, il s’est couché dessus
- Et alors ?
- Il s’est collé la cuillère à la queue et a couru partout avec la cuillère collée derrière lui. C’était trop drôle
- Tu es sans pitié. Je sais bien, c’est moi qui ai décollé la cuillère en arrachant quelques poils.
- On dit qu’en Afrique les femmes s’épilent au sucre.
- Il y a perdu quelques plumes…Je veux dire quelques poils
- Il avait la queue comme une barbe à papa
-
Il a fallu que sa maîtresse la lui lave
- À l’eau ?
- À l’eau, oui. Et qu’elle le peigne dans le sens du poil.
- Et puis, il n’est pas aussi savant que tu dis : hier gerard pandaries lui a envoyé un poème où il est question d’Hamelin qui fait noyer tous les rats, tous les rats du village et qui parle de chats qui n’ont plus qu’à faire la chasse aux mulots
- Et alors ?
- Tu sais ce qu’il m’a dit, ton chat ?
- Qu’a-t-il dit encore ?
- Je ne connais pas de mulots, moi, je ne connais que des sur-mulots.
- Il est jeune, tu sais ; il n’est pas encore sorti dans le jardin. C’est à toi à faire son éducation.
Tu n’as rien de plus facile à me faire faire ?