- Pourquoi
faut-il, quand tout respire
De joie, de santé, de bonheur,
Quand la caresse d'un sourire
Suffit à gonfler notre coeur
Pourquoi faut-il que ta dérive
Le fige en sa froide torpeur
Comme le gel figeant l'eau vive
En dure image du malheur?
- C'est la marque de l'aventure
Qui va, au gré de mes émois,
Cicatrice de ma blessure
Qui vous écorche malgré moi
- Te souviens-tu des jours de liesse,
Des printemps aux mille soleils?
Te souvies-tu de ta jeunesse,
Des étoiles de tes Noëls?
- Elles éclatent dans ma tête,
Gerbes de feu, grêlons de fer ;
Le pétard, c'était pour la fête,
Le manque, c'était notre enfer.
- Pourquoi chercher cette défonce
comme tant de mauvais enfants?
Pourquoi ces vols où tu t'enfonces
avec autant d'acharnement?
- C'est le prix de la déchirure,
Le geste rituel qu'attend
Le grand maître de la rupture
La promesse faite à Satan.
- Qu'espérais-tu donc en échange
D'un engagement démentiel?
Quelle expérience te démange
D'un paradis artificiel?
- A cloche-pied va ma galère
A la marelle de l'ennui
Le ciel se mélange de terre,
Le jour se confond à la nuit
En nouvelle cour des miracles
Le métro a ses miséreux
Bons coquillards de la débâcle
Paumés, drogué sans feu ni lieu
Le noir alambic de la dèche
Qui distille l'esprit loubard.
Et siffle et roule la calèche
Des marginaux et des clochards!