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Mon chat raconte la chasse au renard

Des histoires de renards, il y en a toujours eu ici où les poules couchent dans les grands arbres quand ce n’est pas dans un abri aménagé tout en haut d’un pitey afin de leur échapper. Ce sont des renards roux, de l’espèce ordinaire, de ceux que l’on trouve dansant dans la lande :

« Troubi lou renard, lou loup et LA lèbe

Troubi lou renard et lou loup dansen. »

 

Celui-ci sortait de l’ordinaire pour deux raisons : on ne l’avait jamais vu autour d’un poulailler et surtout il avait une touffe de poils argentés dans sa fourrure rousse. C’était, comment dire ? comme un renard de collection. Tous les chasseurs en lorgnaient le pelage.

C’est ainsi qu’il fut décidé en leur assemblée de « cassaïre », à une majorité jamais atteinte dans aucune assemblée politique, de courir cet animal hors normes que d’aucuns s’accordaient à trouver diabolique.

 

Les chasseurs furent convoqués un dimanche de novembre à Saint Magne de Belin. Le notaire et le maître des Arnauds, qui avaient l’habitude de ces courses, avaient revêtu l’habit rouge et la culotte blanche et chaussé les bottes à revers. Les autres s’étaient dispensé de tout protocole. Il y avait là quelques femmes avec, en amazone, la jeune nièce du notaire, une personne fort courtisée et venue tout exprès de Bordeaux. Le piqueur comptait les arrivants. Des chevaux de louage se mêlaient à ceux que leurs propriétaires avaient amenés. Les chiens, qui faisaient partie de l’équipage de Me Tabellion dansaient sur place selon leurs habitudes. On partit de bonne heure, fanfare au vent, dans l’aboiement des chiens de la meute qu’accompagnaient pour une fois tous les chiens de Saint Magne. Le renard, pris aux environs de La Brède, partit tout aussitôt comme une flèche mais, au lieu d’aller droit devant lui il courrait comme UNE lièvre en faisant d’impressionnants crochets et rebondissait aux limites de la lande comme les boules de billard lorsqu’elles touchent à la bande. Et la meute suivait. Et les piqueurs sonnaient. Et la meute aboyait. Et les chasseurs galopaient. On les avait vus passer à Villandraut, au Moutchic, aux environs de Lesparre, à Sainte Hélène pus à nouveau au Barp, à Saint Symphorien, à Cestas, à Caudos, à Captieux. La bête, qui ne quittait jamais la Gironde, avait choisi de repasser par Saint Magne autant de fois qu’il le faudrait.

 

La première fois, le village était là à les applaudir, avec la clique venue rendre hommage aux morts de la Grande guerre et les majorettes à grand renfort de gambettes. La seconde fois, qui était un lundi, il ,n’y avait plus que les enfants des écoles à courir derrière eux à la sortie des classes, la « frottée à l’ail » de leur « quatre heure » encore à la main. La troisième fois, quelques personnes attardées à rentrer chez elles sous une pluie fine qui les transperçait s’étonnèrent de voir filer cette horde sonnante, aboyante et galopante sous de lourds nuages assemblés. La quatrième seul un vieil ivrogne les aperçut alors qu’il sortait de l’unique cabaret encore ouvert à cette heure indue. Le cinquième, l’équipage était fourbu, les piqueurs hébétés, les habits des cavaliers déchirés. Les femmes avaient perdu leurs chapeaux emplumés et tous de leur superbe, personne n’étant plus là pour les admirer. Les cuivres ne sonnaient plus depuis longtemps quand ils sont passés pour la sixième fois, dégoulinants de pluie et de fatigue, les yeux éteints dans de grands cernes violacés. La septième fois, ils disparurent corps et biens dans les rues de la ville qui les avait oubliés.

 

On ne les revit jamais : ni les cavaliers, ni la meute, ni la belle héritière du notaire, ni le renard à la touffe d’argent. Disparus, volatilisés dans la lande, à tout jamais perdus entre les vignes, les grands pins et les petits bois d’acacias du Bazadais.

 

C’est depuis ce temps là que les vieux assis le soir sur le banc devant l’ « oustaou », disent à leurs petits enfants, les jours où le vent chuinte dans les cimes des pins : « tu entends, pitchoun, c’est Saint Hubert qui chasse. »
Photographies Régine Rosenthal

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V
<br /> très beau conte, merci Charles. bonne journée. cathy<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Un conte de chez nous, arrangé sauce Caramel Mouss'<br /> <br /> <br />
C
<br /> L'oiseau ou le filet?<br /> <br /> <br />
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L
<br /> Merci Charles...<br /> Oui c'est vrai qu'en ce moment la réflexion est assez dure...<br /> <br /> Mais un question : savez-vous qui et ce qu'était en réalité l'Epervier ?<br /> <br /> A bientôt.<br /> Stéphane.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Ne pas trop réflé"chir, le renard passe vite.<br /> <br /> <br />
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L
<br /> Ah, ah...<br /> bonne question... Je vais y réfléchir...<br /> ;-)<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Bon, je vois que vous ne marchez pas par pulsions. Félicitations, pour un épervier.<br /> <br /> <br />