Tu as vu, les accapareurs sont partis.
- Qui appelles-tu ainsi?
- Les accapareurs, bien sûr, ceux qui accaparent nos oiseaux, nos souris, nos lézards, notre espace.
- Là tu exagères : les souris, les lézards, les oiseaux sont à tout le monde, ce ne sont pas tes souris, tes souris, tes oiseaux. Quant à l'espace, ils ne t'ont pas pris ton jardin.
- Tu crois que le gros roux il ne venait jamais?
- mais tu avais ta maîtresse.
- à peine. Elle n'avait plus de temps à me consacrer avec tous ces enfants qui grouillaient.
- Tu sais, il ne faut pas t'en faire.
- C'est bien toi qui dit toujours qu'ils te prennent ta plage, ta place dans la rue, ta tranquillité.
- Ce sont les habitants de premier rang qui voudraient garder la plage pour eux seuls et leur chaise longue.
-Un hamac, comme les marins?
- Oui, attaché à des pignots.
- Je t'ai dit qu'ils sont partis. Je respire.
- Je t'ai entendu. Pour la respiration, c'est à cause de la chaleur de l'été, çà ne vient que deux mois par an.
- Mais avec le réchauffement de la planète comme on nous le promet, qu'allons-nous devenir?
- Calmes-toi, nous avons tout l'hiver pour y penser.