Les hommes ont
construit entre rive et rivage des viviers à poissons. Bien des chasseurs se sont embourbés dans ces bassins à deux niveaux entre les digues défendues des vents d’ouest par des rideaux de tamaris
échevelés. Les oiseaux aiment les deltas, c’est connu : les ibis en Basse Égypte et les flamands roses en Camargue. Ici, ce sont les cigognes. On ne les y guette plus que pour surprendre une
intimité en glissant un œil au mirador comme on ferait d’un passant en soulevant le rideau d’une fenêtre.
Avec la terre ferme poussent les maisons et parmi elles la plus prestigieuse : le château des Ruat, les derniers captaux de Buch au plus près de Bordeaux et de son parlement, au seuil de leur fief. Les paons qui faisaient la roue devant la vieille demeure qu’a habitée le général Espinasse (Empire oblige en cette terre de conquête impériale) ne sont plus les seuls oiseaux exotiques du Teich.
Pélican : oeuvre de Nicole Chatignol