- Que fais-tu là, Mije
- Je lis La Bruyère.
- Tu ne trouves pas que çà fait obsolète?
- Pas tant que çà, écoute:
Elle aime parler de ses œuvres. C’est son travail, sa chair, son bébé. Son œuvre littéraire se décompose toujours en deux temps : 1° Écrire un livre 2° Hanter les salons où l’on signe. Surtout les salons sur le sable qui rappellent la mer et la terrasse. Les anges aidant, si on vient lui faire signer son livre, elle se fait un plaisir de flatter son protagoniste en lui disant qu’il a bon goût, ce qu’elle inscrit sur la page de garde pour l’éternité : la sienne et celle de son adorateur. Si nul ne s’approche d’elle, c’est que ce jour n’est pas favorable à la culture. Çà devrait se savoir, pourtant, qu’il n’y a qu’elle qui sache bien écrire. En raison de ses diplômes. Même ses échecs sont brillantissimes. C’est ainsi qu’elle est devenue écrivaine.
- Tu en connais des écrivaines comme çà?
- Pas moi parce que je ne fréquente pas ce milieu
- Mais tu crois qu'il y en a?
- La Bruyère marquait toujorus les excès. Des excès il doit bien y en avoir encore de nos jours
- Et le progrès qu'en fais-tu?
- Tu y crois, toi, au progrès moral?
- je ne sais pas, je ne connais que l'Assemblée des chats.