- Dis donc, j’en ai
marre d’aller à pied.
- Bon, çà va. Je te paye une carte de bus. Tu iras plus vite.
- Merci, pap’
- Alors, Mouss’çà va, le bus ?
- Pas tout à fait. Tous mes copains ont fait pareil et le bus était si plein qu’il a marqué complet et si çà continue je ne pourrai pas le prendre demain.
- Prends ma voiture, si tu veux
Le surlendemain .
- Çà a marché, la voiture ?
- Parles-en : tout le monde a fait comme moi et çà a fait des embouteillages monstres au point que je suis arrivé en retard.
- Je crois que le mieux, c’est la bicyclette.
- D’accord. Je prends le vélo demain matin
Le jour d’après :
- Tu es arrivé à l’heure aujourd’hui ?
- Tout juste : tout le monde avait pris la bicyclette et même les rollers. Comme on n’avait supprimé ni les autos ni les bus censés partager la rue avec nous, c’était un embarras terrible.
- Si tu revenais à la marche ?
- J’y gagnerais quoi ?
- D’avoir compris enfin la théorie de l’encombrement
- La théorie de l’encombrement qu’est-ce que c’est ?
- C’est quand tu crois avoir trouvé une solution, que tout le monde fait comme toi et que çà devient pire si tu n’y fais pas attention.
- Çà ne marche que pour la circulation, ton truc ?
- Pour toutes les circulations : l’immobilier, l’argent, les vacances…
- Les vacances ?
- Oui : tu vas à la neige et tout le monde y va ; tu cherches la mer et tout le monde y est ; tu vas aux Canaries pour être tranquille et tu trouves la foule. A ce compte là même le déserts deviennent des trop pleins
- C’est dû à quoi, tout çà ?
- Au fait que les agences pensent collectivement, que les affiches te présentent les mêmes solutions pour tous.
- C’est énervant, çà. Que faut-il faire ?
- Ne pas suivre les autres, ni la mode, ni les conseils collectifs. Tu le sais bien, quand tu le veux, penser intelligemment.
- Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas faire comme tout le monde, moi ?
Parce que tu es intelligent, Mouss’ et que tu réfléchis avant d’agir.
Photographies HélèneDurand et Régine Rosenthal