- Tu as
vu, j’ai mis le drapeau rouge au vieux dictionnaire
- J’ai surtout vu que tu ne disais rien.
- Je risquais de perdre ma place.
- Auprès de moi ? Tu veux rire, je ne suis pas le Figaro.
- C’est un journal courageux.
- Ç’aurait été le Canard enchaîné ou le Monde, j’aurais dit comme toi . Le Figaro, c’est la trouille
- Tu aurais dit ce qu’il a dit Z…
- Je n’aime pas qu’on méprise les gens en raison de la couleur de leur peau, même blanche, de leurs particularités physiques, même s’il s’agit de Cyrano, de leurs infirmités, ni parce qu’ils n’ont pas d’auto, qu’ils roulent à bicyclette, qu’ils vont à pied autrement que pour faire un jogging.. .
- C’est pourtant commode de parler de catégories.
- À parler de catégories, on risque toujours le dérapage.
- Au nom de quoi ?
- Au nom de l’égalité et de la discrimination.
- Le maître dit pourtant que je suis prétranché comme un saumon
- Les chats ce n’est pas pareil.
-
Pourquoi ce n’est pas pareil ?
- Parce qu’on ne compte pas les chats.
- Çà a toujours été comme çà ?
- Non, nos anciens usaient d’un chaffre, d’un surnom si tu veux. J’ai connu des Carraque, des Blanchette, des Tort, des Cap de fer, des Cames de poulet, des Tchampilles, des Bambins… de père en fils.
- Aujourd’hui, tu risquerais la correctionnelle. Sauf…peut-être…si tu parles des Corses. Eux, ils laissent dire.
- Pourquoi ?
- Parce qu’ils ont leur histoire, leur folklore, leurs traditions, leur fierté.
- Tu veux dire que les autres n’ont pas la fierté de leur différence ?
- Je n’ai pas dit çà, mais on pourrait le penser.
- Tu as vu l’autre jour, le scandale de cet immeuble qui ne serait plus bourgeois parce qu’il est devenu mal fréquenté.
- Un de mes voisins a bien écrit dans le journal local que ma rue n’était plus bourgeoise !
- Et c’est vrai ?
- Bien sûr, puisque je l’habite : « Les bourgeois, c’est comme des cochons, / Plus çà devient vieux, plus çà devient bête/ Les bourgeois, c’est comme les cochons/ Plus çà devient vieux, plus çà devient c… »
- Tais-toi, tu vas te faire arrêter.
Ne t’inquiètes pas, les bourgeois, ce n’est plus une espèce protégée.