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Mon chat a vu passer la locomotive fantôme.

Mon chat connaît beaucoup d’histoires de sorciers. Il en a fréquenté dans une autre vie mais il n’aime pas les jeunes sorciers qui dérangent toujours l’ordre du monde et quelquefois sans raison comme c’est aivé au train fantôme de la lande.

 

 

Du temps que la ligne Bordeaux-Irun était considéré comme une piste d’entraînement pour les locomotives, il se passait d’étranges choses au dépôt de Bordeaux. Tous les matins sorciers et sorcières rejoignaient à pied leurs domaines qui sont ces ronds de sorcières qu’on voit grandir dans les prés de chez nous ou ces hauteurs (les tucs) que le feu de la lande rend chauves quand brûlent les bruyères. C’est tout près d’un de leur domaine que les sorciers ont fait passer leur première locomotive.

Nul ne l’a vue mais tous en ont senti l’odeur de roussi, d’huile chauffée et d’escarbille mouillée. Les uns ont perçu un halètement puissant, d’autres parlent de crépitements d’étincelles. Ce qui est certain, c’est que ce train ignorait les signaux et que son passage ne troublait pas les « crocodiles » qui signalent d’ordinaire l’approche des trains. Quant aux barrières, il n’en était pas question dans ce pays sans routes.

Les plus lucides, ou les moins imaginatifs, prétendent qu’il était conduit par Satan en personne. On dit même qu’il se servait de sa fourche pour enfourner le charbon et qu’il roulait à tombeau ouvert vers quelque sabbat clandestin. On aurait entendu les imprécations des voyageurs rouler incandescentes parmi les scories des ballasts.

Il n’est pire enfer qu’en enfer il n’empire. Ce train finit par être aperçu par quelques notables landais qu’on aurait cru plus insensibles. Ils en ont causé dans les « oustaous » et dans les cafés politiques qui sont les lieux les plus fermés qui soient à l’imaginaire. Ils y disaient que les grands espaces de la lande, c’était fini, que les sorciers et les sorcières n’en voulaient plus, qu’ils se réunissaient en sabbats ambulants dans des trains fantômes, que les stewards avaient les pieds fourchus et les contrôleurs des casquettes qui cachaient bien mal leurs cornes naissantes.

Il est vrai que les stewards n’étanchaient aucune soif et que les contrôleurs ne vérifiaient que la qualité de sorciers des voyageurs. Il en venait de partout : jeunes sorcières paysannes bien en chair, diaboliques à souhait, sorcières des villes sans âge, sinon sans fard, vieilles sorcières issues du fond des bois, « houhous » à nez et menton crochus à servir de porte-manteau, sorciers tirés à quatre épingles comme de jeunes cadres sortis de l’ENA, lutins bons enfants en rupture de Club Med, sorcières à damner les saints échappés de Cannes entre deux oscars, sorciers de l’ombre et du feu, magiciens du fer, tous venus embrasser le diable sous la queue.

Ils allaient, dit-on, tenir un colloque sur le rôle de la sorcellerie dans le monde. C’étaient des sorciers modernes. Ils voulaient nettoyer la lande. On entendait voler autour de la locomotive de vieilles sorcières qui balayaient les escarbilles à grands coups de balais de brande pour en chasser les taons qui piquaient les mules d’autrefois. 

Nous le savons bien, nous autres, que la sorcellerie moderne se cache dans les pages jaunes de l’annuaire du téléphone, dans les commissariats, dans les Ministères, au fond de ces forêts qui ne sont plus vierges depuis longtemps, dans les squats et les catacombes, et jusque dans la folie des hommes.

On attendait beaucoup de ce sabbat scientifique mais les jeunes sorciers n’ont jamais pu détrôner les vieux sorciers amoureux de leurs « tucs ». Les vieux les ont fait disparaître dans quelque « laguë » à sangsue où on les entend crier les soirs d’orage. Il en est resté longtemps deux tringles de fer s’enfonçant dans la lande…jusqu’en enfer comme disaient encore naguère les vieilles femmes quand elles tricotaient leurs histoires aux « despéloucades » du maïs. Mais les tringles de fer ont disparu avec les aiguilles à tricoter et les histoires de l’ancien temps sous le bitume d’une piste cyclable perdue dans les sables et ensevelie sous les débris de la dernière tempête.

Et clic et clac, lou counte es acabàt.

 

-         Tu vois dit mon chat que çà ne servait à rien de faire une ligne « économique »

-         Les économistes d’aujourd’hui sont un peu les sorciers des temps modernes mais çà n’empêche pas qu’ils sont les descendants des alchimistes d’hier

-         Toujours à la recherche de la pierre philosophale qui fait de l’or.

-         Tu veux dire que les alchimistes, c’étaient les traders des temps anciens.

-         Je ne te le fais pas dire. Toujours prêts à composer avec le diable !

Photographies de Jean Nogrady et Hélène Durand

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M
<br /> Une chose est certaine, à l'époque de la vapeur les conducteurs de<br /> machine à vapeur étaient, peut être pas tous, mais la majorité, amoureux.<br /> de leur machine. Je sais de quoi je parle, mon Frère a conduit pendant<br /> une trentaine d'années, il était à la gare StJean à Bordeaux. Quand il parlait de sa machine c'était presque comme s'il parlait d'une Femme, tellement il était admiratif.<br /> Bonne journée Charles. Mamy Ariane.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> C'est vrai. J'ai d'ailleurs quelque part un conte avec l'argot des mécaniciens. Il va falloir que je le retrouve.<br /> <br /> <br />
A
<br /> en verve ce matin.....<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Il n'y a pas qu'e les vaches qui regardent passer les trains. Au train où l'on va elles n'auront bientôt plus ce plaisir.<br /> <br /> <br />
L
<br /> bonsoir Charles -<br /> dommage on ne visualise pas tes communautés sur le côté de ton blog !!<br /> il faut aller dans configuration de ton blog<br /> communauté - et suivre les instructions -<br /> bon dimanche - amtiés Lady Marianne<br /> <br /> <br />
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C
<br /> L"es communautés, c'est fait. Les liens, je ne sais pas encore.<br /> <br /> <br />
R
<br /> Ce sommet de Copenhague, sera t'il le sommet de la vérité et de la volonté ou sera t'il un cautère sur une jambe de bois pour reprendre un vieille expression...<br /> Bon dimanche à vous Charles<br /> <br /> <br />
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C
<br /> J'ai bien peur qu'il s'agisse d'un cautère et Dieu seul sait sur quoi.<br /> <br /> <br />
Q
<br /> J'aime bien m'asseoir au coin du feu lorsque Moussa raconte...<br /> <br /> J'ai rangé mes aiguilles à tricoter pour ne pas le déranger, et je sais que le vent sur la lande l'a laissé raconter son histoire avant de se remettre à souffler.<br /> <br /> Les annuaire cachent beaucoup de choses...<br /> <br /> En tout cas, merci encore pour cette lecture du jour.<br /> <br /> Préférer l'avoir à l'être, c'est dommage, mais c'est vrai pour beaucoup aujourd'hui.<br /> J'aime ce commentaire.<br /> <br /> Bonne journée, Charles.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> La lande, c'est le grand silence, même s'il n'est pas blanc, er s'il est plutôt étouffant parfois.<br /> <br /> <br />