- Crois-tu,
Mouss’ qu’il y a des chats étrangers en France.
- Écoute, Caramel, je vais te dire ce qu’en dit Abdellah Taïa
« Les chats de Hay Salam n’appartenaient à personne. Ils vivaient chez tout le monde et, bien sûr, dans les rues. Ils étaient libres et ne se laissaient jamais domestiquer, même si parfois ils onnaient l’impression du contraire. Ils sont demeurés pour toujours sauvages.
D’où venaient-il ?
Énigme à jamais sans réponse, sans solution. Ils étaient un beau matin là, dans le quartier, on les reconnaissait à force de les voir devant les portes d’entrée des maisons chaque soir ou chaque après-midi : cela dépendait, à chaque chat son horaire et sa maison (ou ses maisons) préférée(s).
Quand je partis du Maroc, il y a un an, pour venir en Europe, ils venaient encore régulièrement à la maison. Mais dernièrement, ma mère, au téléphone, m’apprit qu’on ne les voyait plus, qu’ils avaient disparu. Où, à La Mecque, comme tous les chats pendant l’Aïd El Kébir ? Au mausolée du saint Sidi El Hadj Ben Acher, où vit tout un peuple de chats ? Aucune certitude. Sont-ils morts ? Ce n’est pas possible, puisque, comme tout le monde le sait, les chats ont sept âmes. »
- Pourquoi ne les a-t-il pas amenés avec lui ?
- Ce n’était pas possible, ils n’ont jamais pu obtenir leurs papiers.
(Cela fait partie d’un conte publié par les éditions Atlantica à l’occasion de XIIIe salon du livre de Bordeaux en 1999)