- Dis-moi, Mouss’, mon véto m’a dit qu’il y a beaucoup d’étudiants étrangers dans nos facs de médecine et beaucoup de médecins étrangers dans nos hôpitaux.
- C’est parce que nos facs et nos hôpitaux sont les meilleurs du monde.
- Pourquoi n’y a-t-il qu’eux aux heures de garde ?
- - Parce qu’on manque de médecins et que les médecins étrangers y trouvent leur intérêt.
- Pourquoi alors y a-t-il tant de médecins de chez nous qui vont en Afrique avec les œuvres caritatives ?
- Parce que l’Afrique manque de médecins et que les médecins de chez nous y trouvent leur intérêt.
- Je ne comprends pas pourquoi les médecins africains ne trouveraient pas leur intérêt en Afrique et les médecins français le leur dans nos hôpitaux. ? Encore une question de peau, je présume.
- Non une question de civilisation.
- Que veux-tu dire par là ?
- Que les médecins étrangers aiment faire des gardes et les médecins français aiment faire la charité.
- Je ne vois pas bien la différence.
- C’est aussi une question de comportement. Quand notre maîtresse est allée à l’hôpital il n’y avait que des asiatiques qui maîtrisaient assez mal notre langue.
- Pourquoi ?
- Parce que c’était l’été et que les médecins français étaient en vacances.
- Et çà la gênait qu’elles soient étrangères?
- Pas du tout, seulement ces doctoresses étrangères la traitaient sans égard comme si elle était une paysanne de chez eux. À voir leur air hautain, secret, indifférent, méprisant pour nos faiblesses, on aurait dit de grands patrons.
- Elles ne devraient pas : l’identité nationale, ce n’est pas seulement la langue et la technicité, c’est aussi un comportement « national », le respect du patient, l’attention aux autres…
- Leur comportement, c’est peut-être celui qu’on a toujours pratiqué chez elles, un comportement « colonial »
- C’est vrai qu’on voit partout des nounous noires à Paris, au point qu’on se croirait à Dakar au plus fort du temps des colonies.
- Question de peau encore ?
- Non, question de fric.
- Tu crois que c’est pareil chez les vétérinaires ?
-
Depuis le temps qu’on donne aux hommes de la bonne médecine de cheval…
Photographie de Régine Rosenthal