Les yeux mi-clos, la queue
pendante,
Bien calé sur ses coussinets
Mon chat songe..
Depuis qu’il a lu les Chats de Baudelaire, il se croit poète et se tient la plupart du temps en équilibre sur le rebord du lavabo dont il espère la venue d’un filet d’eau.
- Alors, ça t’inspire, le lavabo ?
- Tout beau poème est écrit près de l’eau. Ce matin, pendant que tu te rasais, j’en ai écris un.
- C’est gentil de penser à moi.
- Ce n’est pas pour toi que j’écris, c’est pour ma maîtresse. Les plus beaux poèmes sont ceux qu’on écrit pour une femme. Tu m’écoutes ?
- Vas-y toujours.
Prenant sa pose la plus avantageuse, la patte gauche en avant, comme on le voit faire à la télé par les présentateurs qui se préparent à entrer en scène, l’avant patte droite levée et pendante, les moustaches frémissantes, mon chat a commencé, de la voix grave qu’il sait prendre quand il miaule tendrement
A ma maîtresse
De sous sa lourde chevelure
Sort un parfum si doux, qu’au soir
Je la veillerais pour pouvoir
Passer la nuit sur sa vêture
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Elle est la déesse en ces lieux
Elle va, vient, coud, et pour lire
Sur ses genoux elle m’attire
Et me caresse de son mieux
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Quand mes yeux, vers celle que j’aime
Sont attirés comme un aimant,
Je ronronne tout doucement
Et contemple un autre moi-même
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Alors, avec étonnement
Je surprend ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.
***
Ne crois-tu pas, mon chat, ce plagiat trop voyant ?
Mais lui, minois crispé et les yeux flamboyants
Secouant de fureur sa superbe crinière
Ce n’est pas un plagiat, dit-il, c’est sa manière …
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Les photographie sont d'Antine@ et de Régine Rosenthal