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Alors, ton retour, comment ça s’est passé ?

- Regarde la photo de Roxanette. Ils lui ont mis
la burka
- Mais non, ce n’est pas une burka, c’est une jalousie.
- Une jalousie ? Qu’est-ce que c’est que çà
- C’était naguère le poste d’observation des jeunes filles de chez nous.
- Pourquoi elles sont derrière ?
- Parce qu’elles ne pouvaient pas aller dehors sans leurs parents ou leurs gouvernantes. Même pour sortir avec Casanova il leur fallait un chaperon.
- C’est ça qu’on appelle une liberté surveillée
- On peut dire ça. En fait la jalousie leur permettait surtout de ne pas être vues
- Parce que les femmes de chez vous ne voulaient pas être vues ?
- Ça dépendait des femmes et de leur état d’esprit.
- Et vous acceptiez ça ?
- Puisqu’elles le voulaient.
- Tu ne crois pas qu’elles étaient un peu formatées ?
- Comme en Iran. Mais toi, que t’est-il arrivé ?
Manifestement, mon chat n’a pas envie de parler de son retour en bateau. Il préférait que je parle de Solférino.
- C’est un village impérial, n’est-ce pas ?
- Tout à fait
- Le domaine de l’Empereur ?
- Exactement.
- Qu’y faisait-il ?
- Le gentleman farmer.
- Il avait une ferme
- Sept fermes modèles.
- Avait-il des gardes ?
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J’ai rencontré un garde républicain
- L’Empereur l’y avait laissé ?
- Non puisque je te dis qu’il est républicain.
- Les gardes républicains ne parlent pas.
- Pas sous le casque mais ils se rattrapent quand ils ne sont pas de service. Il m’a dit qu’on voulait tout supprimer (les gardes républicains, pas le service)
- Et pourquoi ?
- Parce qu’ils ne ramassent pas les crottes de leurs chevaux comme font les propriétaires de chiens.
- Les chevaux ne peuvent pas s’arrêter n’importe où.
- Ni quitter le peloton..
- Comment faisons-nous, nous autres chats ?.
- On pourrait faire suivre les chevaux de la garde républicaine par les motos ramasse-crottes. La moto balai en quelque sorte.
- Remarque qu’une armée de chats ferait aussi bien l’affaire.
- Une armée de chats, comment ça ?
- Pour recouvrir les crottes comme dans les W.C. secs. C’est vrai que nos griffes ne résisteraient pas forcément aux pavés de Paris. Les toilettes sèches ce n’est pas évident partout.
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Et si c’étaient des éléphants ?
- Mais la garde républicaine, ce n’est pas l’armée d’Hannibal.
- Les belles galettes que ça ferait !
- C’est ça le rêve de Solférino ?
- Pas tout à fait, je t’en parlerai quand tu m’auras parlé de ton retour de l’île aux Oiseaux
C’est alors que, me tournant le dos, levant la queue toute raide ( une façon bien à eux de faire un bras d’honneur) , mon chat partit en maugréant. « Touts gatas e gatasses machàn coum gats bornis* ». mais je ne suis pas un chat borgne, moi.
*Les lecteurs intéressés trouveront la traduction dans Hilh de pute, macarel, le dictionnaire des jurons, insultes, injures fréquents dans le Midi de la France (éditions Loubatières)
Les photographies sont de Régine
Rosenthal