- Le test des souris est positif
- Des souris ? tu m’intéresses.
- C’est à cause de çà qu’il n’y a plus d’huîtres au marché.
- Les souris les ont toutes mangées ?
- Non, on se sert des souris pour faire des expériences sur les huîtres.
- Comment fait-on ?
- On prend des huîtres, on les mixe et on inocule ce mélange aux souris.
- Que leur arrive-t-il ?
- Celles qui succombent au stress de la piqûre meurent ; les autres ont de la chance.
- Où trouve-t-on ces souris ?
- Dans les laboratoires
- C’est pour ça que je n’en vois plus et que je dois me contenter de croquettes ? C’est ignoble.
-
Pourquoi ?
- Parce qu’elles meurent pour rien.
- Pour rien ? Tu aurais préféré les manger ?
- Bien sûr. Contre quoi les vaccine-t-on ?
- On ne les vaccine pas, on leur inocule de la bouillie d’huîtres.
- Quelle différence ?
- Dans un cas, c’est pour soigner, dans l’autre c’est pour savoir ?
- Savoir quoi ?
- Si les hommes peuvent manger des huîtres.
- Mais les souris ne mangent pas d’huîtres.
- Et les hommes les savourent. On ne leur inocule pas le mollusque. C’est ça que tu veux me dire ?
- Des souris et des hommes, ce n’est pas pareil et inoculer aux souris ce qu’elles ne veulent pas manger, c’est de la torture pire que le gavage. Que dit la SPA ?
- Rien puisque c’est pour la science. Cela permet de savoir si les hommes peuvent manger des huîtres.
- Je ne comprends pas
- En science, il faut toujours accepter les interprétations des experts.
- Sans discuter ?
- Sans discuter. Tu n’as jamais entendu dire que « La science est la religion des temps modernes » ?
- Si je comprends bien, on lit dans les viscères des souris comme à Rome autrefois dans les tripes de veau et chez les voyantes aujourd’hui dans le marc de café?
-
Sauf qu’on ne va pas jusqu’à leur ôter les viscères.
- Encore heureux. Qu’en
retient-on ?
- Que les huîtres sont bonnes ici, mauvaises là. Ça change chaque semaine selon l’interprétation des scientifiques, ce qui permet de ne pas mécontenter tout le monde en même temps..
- Tu y crois à ce mode de prévention ?
- Les scientifiques y croient puisque c’est eux qui interprètent les expériences, les ostréiculteurs non, parce qu’ils supportent le conséquences des interdictions de vente, les gourmets, eux, s’en moquent. Les marchands d’huîtres sont bien obligés de suivre les oukases administratifs à leur corps défendant.
- Que risque-t-on à désobéir à ce curieux principe de précaution?
- Au mieux un bon gueuleton, au pire, une diarrhée.
- Tu crois qu’on va interdire les huîtres comme les ortolans, le tabac, le vin… ?
- Il y a des vacanciers qui aimeraient bien être débarrassés des parcs qui gênent la navigation et puis le travail, c’est sale ; c’est même insupportable à voir pendant les vacances.
- Y aurait-il d’autres moyens que de soumettre les souris à la roulette russe ?.
- Bien sûr que oui mais il faudrait changer de laboratoire.
- Heureusement qu’on ne fait pas le test avec des chats. Nous sommes pourtant très proches de vous. En tout cas plus que les souris.
Après avoir longuement réfléchi, mon chat reprit la parole.
- Tu ne leur diras pas, dis, ce que je viens de te dire ?
Photographies Antine, Régine Rosenthal, Hélène Durand