Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Mon chat n'a aucun sens de la paternité.

Mon chat est revenu avec une nouvelle stupéfiante : les deux chattes de la coiffeuse ont eu des petits à trois jours d’intervalle.

 À vrai dire elle s’y attendait (la coiffeuse) mais pas ses clientes qui voyaient l’affaire plus ou moins lointaine. Loin des yeux, loin du cœur. Quand elles ont vu ces petites boules tête à terre et qui cherchaient en aveugle Dieu sait quoi, elles se sont exclamées

-         - Qu’ils sont mignons !

Tous les petits sont par nature mignons, même les petits crocodiles et ils le seraient encore davantage si les crocodiles allaitaient. C’est pour cela qu’on évoque toujours la douceur du lait.

-         C’est toi le père, ai-je demandé à mon chat.

-         Il a pris son air le plus mystérieux pour me regarder mais il n’a rien dit.


C’est un fat mon chat. Il n’empêche qu’il a pris les photos et il me semble qu’il avait alors l’air de Saturne prêt à dévorer ses enfants. Heureusement que les deux chattes se tenaient sur leurs gardes. Elles avaient entendu parler du massacre des innocents, de la fuite en Égypte, de la solidarité féminine et elles faisaient semblant de dormir tout en allaitant leurs enfants. Ce fut une bonne affaire pour la coiffeuse. Si elles avaient pu, ses clientes seraient venues faire faire leurs mèches une à une,  rien que pour revenir les voir plus souvent

      -   Oh les mignonnes petites griffes dit l’une d’elles qui était manucure. Il va falloir que je m’en occupe un de ces jours.

-         Vous allez toucher des allocations dit une autre qui était employée au Trésor.

Mon chat écoutait avec attention parce qu’il pensait bien en tirer quelque bénéfice mais les deux chattes grognaient dans leur coin (un coin fait de deux caisses de carton bien ouverte sur le salon pour écouter les conversations)

-         - Elles ne penseront même pas à me porter des croquettes !

Et puis les deux chattes se méfiaient aussi quand les clientes approchaient trop près de leurs caisses . Il y en avait qui les prenaient délicatement dans leurs deux mains ouvertes, il y en avait d’autres qui les prenaient brutalement par la peau du dos sous prétexte que c’est ainsi que leur mère les transporte quand elle change de lieu pour échapper à la convoitise gourmande du père.

Ce qui amusait les deux chattes c’étaient les conversations. Elles parlaient toutes de leurs accouchements. Enfin celui de leurs chattes. De leurs allaitements (ceux de leurs chattes bien sûr) comme si c’était d’elles qui s’agissaient.

-         Comme je n’avais pas de lait dit l’une d’elles, le médecin m’a donné un biberon spécial. Vous ne pouvez pas savoir ce que ça m’a coûté comme lait au marché.

-         Moi, dit une autre, j’ai dû en noyer trois parce qu’elle ne pouvait pas les nourrir

-         Qu’en savait-elle ?  Et si on avait noyé le sien, qu’est-ce qu’elle aurait dit ?

-         Qu’est ce que vous leur achèterez pour leur anniversaire ? J’espère que vous penserez à leurs étrennes.

-         C’était bien d’anniversaires ou d’étrennes qu’ elles pensaient les deux petites chattes lorsqu’elles regardaient pousser les griffes, remuer la queue, pousser de la tête sur leurs mamelles comme fait mon chat sur ma main quand je coupe du foie de bœuf dans son assiette.

-         Et le père, que fait le père, il les a abandonnées?

C’est une coiffeuse pour dames et c’est là que je sentis à plein la solidarité féminine. Je regardai mon chat avec reproche. Il me fit remarquer que, si les chattes lui avaient jusqu'alors manifesté beaucoup d’intérêt il ne pouvait plus s’en approcher désormais.

-         Tu ne peux pas savoir, dit-il, de vraies lionnes. Je n’ai jamais pu entendre leurs premiers miaulements, voir leurs premiers remuements de queues. Comment veux-tu que je reconnaisse un enfant que je ne peux pas voir. Je parie qu’il y en a bien deux ou trois là-dedans qui ne sont pas de moi. Ils ne me ressemblent pas du tout.

Mon chat n’a que des notions floues de la génétique.

-         Jaloux, avec ça ?

-         Non, je sais bien qu’elles me reviendront quand leurs petit seront partis ou qu’on les leur aura enlevés mais s’ils restent, je pense à ce qu’elles feront quand ils seront grands. Qu’elles ne comptent pas sur moi pour intervenir.


J’ai voulu le gronder pour son indifférence à la paternité mais il n’était déjà plus là. Il était parti vers d’autres aventures, en quête d’autres chattes ou de têtes de poisson..

C’est alors que je pensais avec tristesse à l’avenir d’un monde où chacun cherche des têtes de poisson pour soi-même sans s’inquiéter de ses voisins ni même de sa famille.

 
Les photographies sont de Dominque Durand et (pour la carte anniversaire) de Régine Rosenthal.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Q
Je ris ! Une fois encore vous avez bien croqué la scène.<br /> ... un coup de griffe par ci par là... comme toujours, mais à bon escient.<br /> <br /> C'est parfait !
Répondre
M
Roooh super, j'adore cet article !
Répondre
S
Bonsoir Charles,<br /> en tant que "grand-père" potentiel, j'espère que vous ne tricotez pas de chaussons !<br /> Quoique la pelote de laine pourrait amuser votre chat…<br /> Mai, le mois des chats…<br /> <br /> Très bonne soirée et longue vie aux petits.
Répondre
D
rroooooo le sacré félinous ! ! ! il coure un peu partout ?<br /> mais que les chatons sont adorables , de fond devant les petites boules de poils<br /> biosus
Répondre
E
Ton chat a une vraie vie d'aventurier. Les photos sont très émouvantes. La dernière peut évoquer aussi bien le paradis que l'enfer, selon la personnalité des chats.
Répondre