Mon chat aime les salons littéraires. C’est pour cela que je lui ai parlé des écrivains sur la plage qui a lieu en ce moment.
- « Sous les pavés, la plage », s’est-il exclamé aussitôt
- C’est vieux, çà, lui dis-je. Aujourd’hui c’est « sur la plage, les pavés »
- De vrais pavés ?
- Oui, des pavés littéraires.
- Y en aura-t-il beaucoup ?
- Une vingtaine.
- Qui les choisit ?
-
Cati-cat.

- On sait lire à Cati-cat ?
- Il suffit de savoir quels sont les meilleurs écrivains
- Et quels sont les meilleurs ?
- Ceux dont on attend les livres avec le plus d’impatience.
- Comment peut-on attendre leurs livres s’ils ne sont pas écrit ?
- Parce qu’on en parle
- Qui en parle ?
- Les medias.
- On leur donne des prix, au moins ?
- Un prix est décerné par Cati-cat et la ville d’accueil au livre qui parle le plus de cette ville.
- C’est malin, ça. Ce sont les écrivains régionaux qui vont l’emporter.
- Non, parce qu’on ne prime pas les provinciaux. Les régionaux on les connaît trop. On n’accepte que les gens connus. Et on ne décerne le prix qu’à quelqu’un qu’on invite.
- Quelqu’un de connu ?
- Forcément puisqu’il vient pour ça.
- Ils n’ont pas besoin de venir s’ils sont connus.
- Les gens connus aiment beaucoup être reconnus.
- Et que font-ils pour être reconnus ?
-
Ils signent leurs livres
- Mais ils sont déjà signés, puisqu’il y a leur nom
dessus.
- Oui, mais ils viennent mettre leur signature manuscrite sur la première page, une signature personnalisée.
- Adaptée au lecteur ?
- Non, ils ne les connaissent pas. Ils l’adaptent à l’auteur qu’en principe ils connaissent bien.
- Et ils vont loin comme ça ?
- Les vendangeurs allaient autrefois de château en château ; ils viennent faire la vendange des signatures.
- Ils ont quelqu’un pour les conduire ?
- Un coach.
-
Un coach littéraire ?
-
Un coach d’affaires qui les loue de ville en ville.
- Et ils viennent souvent ?
- Une fois par an, pour l’ouverture de la saison.
- La saison littéraire ?
- Non, la saison touristique
Là j’ai vu mon chat réfléchir intensément avant de me dire
- Bon, je vais faire un livre pour l’an prochain et je viendrai mettre ma griffe
Je l’interrompis immédiatement :
- Tu n’as rien compris. Il ne faut pas commencer par la fin. Avant de faire un livre, il faut te faire connaître
- Et comment me faire connaître ?
- Par les médias.
Fatigué d’une conversation qui tournait en eau de boudin, mon chat s’est levé, s’est étiré, puis est parti rêver dans la bibliothèque à l’ombre d’un grand Montaigne de l’édition de Bordeaux à ces
écrivains d’autrefois qui n’avaient pas de coach pour les faire connaître (et reconnaître) de ville en ville.
Photos Antine, Régine Rosenthal et Annie Delobez