
J'étais tout étonné ce matin de voir mon chat surgir d'une bouilloire.
- Que fais-tu là?
- C'est les pieux
- Il y a longtemps
qu'on ne fait plus bouillir les hérétiques ; on ne les é-rat-dique plus.
- Ils feraient mieux de nous chat-touner plutôt que de nous faire peur. C'est pas des méthodes de chrétien, çà.
Tu sais, me dit-il, combien je regrette l'autre vie, les vieilles bigotes qui nous faisaient un creux dans leur tablier bleu et qui me mettaient un grand chapelet à gros grains entre les pattes.
Mon beau chat-grains qu'elles disaient, mon chat-pelet, mon chat-tounet). Elles gardaient les clés de Saint-Pierre celles-là. Aujourd'hui elles ne gardent plus que la clé de la sacristie pour qu'on
n'approche pas de Monsieur le Curé. Elles ont peur qu'il n'y ait pas assez de place à la droite de Dieu, alors
elles se la gardent comme vous dites chez vous. Elles trouvent tous
les moyens de rester entre elles, Les autres, elles étaient silencieuses, elles nous écoutaient ronronner. Elles disaient qu'on faisait nos prières. Aujourd'hui, elles nous chassent à coups de
fausses vérités. Tout est bon pour elles pourvu qu'elles trouvent de belles pièces de monnaie bien sonnantes ou des billets à la quête qu'elles font - une activité qu'elles ne cèderaient à personne
d'autre. Les gros sous ce sont leurs grains de chapelets.
- Normal, elles sont à l'image du monde.
- Je les croyais à l'image de Dieu.
- Tu devrais aller te coucher au lieu de dire n'importe quoi.
C'est comme çà que je l'ai trouvé endormi dans les pattes d'un autre chat : chat noir/chat blanc, le bien et le mal.
Mais où est le bien et où est le mal?
Et dire qu'on disait que les chats étaient maléfiques.
Il n'y a pas qu'eux.
Les photographies sont de Régine Rosenthal.