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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 11:33

 

 

Sous le lourd soleil d’une lande infernale laissant à sa gauche d’immenses montagnes de sable, Don Quichotte avançait, roide comme la justice qu’il était censé devoir représenter, aussi droit que sa pique, bien calé entre deux proéminence d’une haridelle aussi  maigre que lui. À ses côtés Sancho Pança roulait sur un âne aussi rond que lui et qui butait à chaque racine de pin courant sur le sol comme vipères pétrifiées. Le chevalier et l’écuyer pensaient être en  bout de monde tant ils entendaient rugir des lions tout autour et surtout du côté de l’Océan.

-          Des lions de mer, dit Sancho qui préférait trouver à manger que servir de repas à des fauves déchaînés.

-          Tu vois, Sancho, répondit son maître, si nous sortons vivants de cette aventure, je te ferai gouverneur de l’île aux Oiseaux qui est une île entourée de terre de tous côtés ce qui vaut mieux, pour communiquer avec le continent,  qu’une île perdue dans l’Océan.

Il était de la race de ceux qui construisent sur le sable comme le furent plus tard Pereire et quelques autres. C’était l’époque où des seigneurs catalans, gascons ou francès multipliaient les bastides autour d’un pieu censé représenter le centre de la place marchande Ayant suivi le bord déserté d’une mer semée de débris comme s’il s’y était livré une terrible bataille navale, Il se crut en pays vierge n’ayant point encore aperçu homme ni femme en ces lieux. Il se sentait tout fier d’être le premier à fouler cette terre désertique, ignorant qu’un moine de son espèce avait déjà cueilli une Vierge sur un des bancs oublié là par l’Océan à marée basse et préparé une chapelle provisoire au Bernet[1]. Comme quoi un brave chevalier peut n’être que e second de quelqu’un. Plantant sa pique dans le sable d’une plage aux bords apaisés d’une large baie qu’il prit pour la baignoire d’une sirène il dit : c’est ici, en cette place, que je fonderai ma ville. Je l’appellerai Arcachon car le nom m’est plaisant et évoque déjà riches maisons et enchantements de cour comme en offrent riches chevaliers à leurs dames de cœur et nous y ferons venir troubadours pour y chanter les exploits de fin amor.

Faisant fi des observations de son fidèle Sancho qui lui rappelait le vieux proverbe marin qu’il faut se méfier de la chanson de la sirène, de la queue de la baleine et du clocher de Mimizan[2], Don Quichotte semblait soucieux. Il avait bien d’autres soucis en tête - en particulier cette annonce que lui avait faite une pythonisse de son pays où elles sont renommées - du combat qu’il aurait à mener u n jour contre de blancs géants que les forces infernales ne manqueraient pas d’aligner sur le rivage face à la mer et au vent. Il ne craignait pas tant l’agitation de leurs bras que le flou des prédictions de la voyante qui, ainsi qu’avait fait Nostradamus en ses prédictions, avait oublié d’en préciser clairement la date. La pensée de sa Dulcinée qui l’aidait à se garder en chevalerie quelles que soient les circonstances, l’aiderait à vaincre, c’est certain, et il irait déposer aux pieds de sa gente dame et sous les applaudissements de la cour, les ailes des géants morts ainsi que font toréadors des oreilles et de la queue des taureaux qu’ils ont vaincus en dur et loyal combat.

Tournant sa monture, entrant bravement dans le champ de dunes que Brémontier n’avait pas encore fixées Don Quichotte avançait vers La Teste à pas feutrés inaudibles en raison de la forte épaisseur de sable qui couvrait les chemins. À ses côtés Sancho Pança roulait avec sa monture sur la pente d’une dune dont il se releva la bouche pleine de sable.

-          C’est parce que tu n’es pas chevalier dit don Quichotte. Un parfait chevalier doit rester impassible sur sa monture.

Et, sans plus s’occuper de son compagnon, qui suffoquait à ses côtés il entrait dans une ville de sable aux maisons basses passées au goudron que dominait alors une tour de fière allure.

-          Voici, dit-i, un bien beau refuge pour un chevalier errant. Je vais de ce pas aller rendre hommage à la dame de ces lieux

Et priant Sancho de l’attendre au pied de la tour il entrait dans la salle où un garde chantait à tue-tête des chansons grivoises tout en lutinant une femme sur ses genoux. Choqué par cette attitude de ruffian et se figurant que les hauts cris de la belle étaient des appels au secours, le chevalier,  abaissant la visière de son casque, bondit lance au point pour délivrer tant gente dame de son tourmenteur qui fut expédié contre le mur de la salle de garde et demeura affalé sur le sol pavé d’icelle tant et si bien qu’on le crut mort. Ce que voyant la testerine, un moment ébahie, se pendit au cou de l’armure de don Quichotte et, malgré la froideur du métal et du visage de celui qu’on surnommait le Chevalier de la Triste Figure, le gratifia sur la bouche métallique de son heaume d’un parfait baiser de fin amor qui le frappa jusqu’au cœur, le laissant tout achatourli[3]. Quand il réussit à lever la visière et qu’il put enfin parler le Chevalier lui tint ce langage :

-          «  Gente dame de haut lignaige je vous eus volontiers servi si ne m’attendait à Toboso madame Dulcinée du Toboso qui est la dame dont je suis chevalier servant bien que toujours errant. Je fais ici serment de chevalier que vous resterez ma dame d’amour de loinh ainsi que fut à Tripoli la dame de Geoffroy Rudel. La récompense que vous me servîtes me suffira si vous vous rendez à la cité du Toboso afin d’y dire de point en point à ma Dulcinée tout ce qui s’est passé entre nous et que le Chevalier de la Triste Figure se recommande à elle. Quant à moi il me faut continuer le combat chevaleresque dans lequel je me suis engagé et pour lequel je fus adoubé en une taverne il y a de cela quelques dix ans passés.

Sancho qui était resté à l’écart et avait pressenti dans les désordres de toilette de la dame je ne sais quel diabolique message gesticulait en vain afin d’attirer son attention de son maître sur le débraillé de la donzelle un tantinet déconfite.

Sans plus s’attarder à cet exploit don Quichotte sortit de la salle pour tomber dans un de ces culs de basse fosse dont sont truffés les vieux châteaux surtout en bord de mer où ils s’emplissent d’eau aux fortes marées de maline. Nous n’étions heureusement qu’en morte-eau et quelques indigènes, accourus aux cris du brave Sancho, se mirent en demeure de sortir son maître de ce mauvais pas.

Dès qu’il fut hors de son trou à rats don Quichotte tint à remercier ses sauveteurs.

« Braves gens, dit le Chevalier, usant d’un langage viril en diable, demandez ce que vous voulez au grand don Quichotte : il ne sera pas dit que vous ayez servi un ingrat

-          Moi, dit le premier, je  voudrais bien avoir à manger autre chose que pain sec et sardines, ben qu’ayant  du bar de temps en temps.

-          Or çà, dit don Quichotte, je ne puis rien faire pour vous, un chevalier errant vit de quignons de pain sec d’anchois au sel et rarement de bacalao[4]. Trop manger rend mou. Apprenez à jeûner quelquefois. Voyez-nous, Rossinante et moi, aussi secs que vos hippocampes qui sont modèles de race chevaleresque.

-          Sire, dit le second, l’hiver est froid et nous n’avons pour nous réchauffer que les brindilles de la forêt usagère que notre seigneur nous accorda par baillette en 1468.

-          Je ne pourrais, dit l’homme de justice, aller à l’encontre de votre seigneur que je trouve bien généreux en ses résolutions. Si vous avez froid, battez-vous les flancs à grands coups de bras ou allez bûcheronner pour avoir pin vif à bâtir tilloles et chaumines.

-          Pitié, dit le troisième : il y a tant d’eau dans la lande l’hiver que nous sommes noyés jusqu’à mi jambes et perclus de rhumatisme quand nous y  cheminons.

-          J’ai pourtant vu, répondit Sa Seigneurie, de vos bergers qui vont au-dessus des flaques montés sur de solides jarrets durs comme bois qui sont dit shanks en Angleterre et que vous appelez chanques[5]. Je ne peux rien vous offrir de mieux que d’imiter ces géants pacifiques au poil bouclé comme peaux de moutons.

-          Mais rien n e pousse sur le sable dit le dernier

-          Çà, je vous promets qu’alentour la ville que je bâtirai il poussera touristes par milliers tant que vous en serez bientôt hartés[6] au point de crier grâce.

-          J’aimerais mieux crier grasse provende de cette espèce que chanter grâces à Notre Seigneur dit l’homme décidément bien mal embouché. « Ba-t-en, caracou »[7]

Tandis que don Quichotte se reposait de ces aventures, les braves indigènes s’assemblèrent pour délibérer de ce qu’ils pouvaient en attendre. Le trouvant aussi sec de cœur qu’exempt du Roi, ils entreprirent de se payer sur la bête, c'est-à-dire sur les hommes dont ils espéraient s’emparer de leurs biens comme ils font souventes fois au nez et à la barbe des gabelous desquels ils se gaussent, en costoyant[8] à chaque naufrage de navire qu’il fût naturel ou provoqué. Ils eurent tôt fait de laisser Sancho Pança aussi nu qu’un ver et s’ils ne purent y parvenir pour don Quichotte c’est qu’il avait l’armure chevillée au corps ne l’ayant jamais ôtée depuis qu’i l fut adoubé chevalier, ayant juré la garder tant qu’il n’aurait pas rendu hommage de  ses exploits à Dulcinée demeurée tous ces temps en sa ville de Toboso sa dame en chevalerie.

-          Il faut vous vêtir dit don Quichotte et qu’à ce jour je tienne la promesse que je vous fis d’un gouvernement. Au nom du Roi notre maître et en ma qualité de chevalier, Je vous fais céans gouverneur de l’île aux Oiseaux que nous apercevons d’ici.

L’âne de Sancho et Rossinante s’étant enfuis aux premiers horions de l’algarade, il fallut bien en attendre leur retour avant d’aller de l’avant. Ayant trouvé des pignots[9] sous un tas de varech, le brave Sancho entreprit de les assembler en radeau avant d’y arrimer l’âne et la haridelle qu’ils maintinrent debout tout au long de la traversée tandis que le courant les entraînait vers cette île où don Quichotte allait installer dans son auguste nudité le gouverneur qu’il venait de promouvoir.



[1] Thomas Ilyricus venait de recueillir une Vierge arrivée par naufrage et de construire une chapelle pour l’y vénérer.

[2] Mefie-te de la cansou de la sirene, de la coude de la aleine et do clouquey de Mimizan – proverbe marin : la sirène à cause d’Ulysse, la baleine à cause de Melville, le clocher de Mimizan à cause de la dune qui passe à droite ou à gauche deu clocher ;

[3] Amoureux d’une jeun e fille : voir Amour courtois et libertinage par Didier Alibeu éditions Loubatières

[4] La morue sèche – qui a séché à Bacalan.

[5] Échasses dont ont usé les bergers

[6] En avoir assez

[7] Va-t-en, caraque – le caraque étant, selon les circonstances l’espagnol, le gitan, le gueux, ou, pour tout dire, l’estarangey

[8] Action de naufrageurs ou pilleurs d’épaves

[9] Troncs de jeunes pins à tous usages de la barrière au mobilier nautique – utilisé ici à contre-emploi comme bien des épaves.

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 11:10

- Tu connais l'histoire du vieux matelot?

- Si tu Amour de chatne me la dit pas, comment veux-tu que je la connaisse.

- Ecoutes

 

  

Came de Pouletest ce vieux matelot que nous allions voir, enfants, au seuil de la cabane où il ramendait des filets. Il en fixa it le bout à la porte qui tremblait à chaque aiguillée qu’il voulait énergique. Il avait navigué, c’est sûr, mais personne ne savait où, tant il mêlait le vrai et l’invraisemblable. Il aurait voulu être forgeron comme son père mais il savait par expérience, ayant tiré le soufflet quand il était « drolle », que le chaud donne soif. Comme il craignait cet état plus que tout autre, il buvait avant d’allumer la forge, ce qui lui en ôtait instantanément la force et l’envie. Alors, il s’est fait marin, roulant sa bosse sans souci de travail régulier loin de tout, fors de l’eau de mer qu’il contemplait par dégoût de macération pour guérir péché d’intempérance qu’il savait ne pouvoir brider à terre.

Depuis qu’il était aux invalides – ce qui est depuis Colbert la retraite du matelot – il menait une vie réglée comme papier à musique. Il quittait sa maison à midi tapante, heure à laquelle il l’abandonnait à la Berthe, aussi sèche qu’il était rond et dont on ne savait plus au village, tant elle était antique, si c’était sa sœur, sa servante, sa maîtresse ou les deux premières comme en ont curés au presbytère ou les deux dernières comme en ont vieillards libidinaux en leur veuvage.

 

- Tu  crois qu'ils voudraient connaître la suite?

- Qui çà?

- Ceux qui ont lu nle début pardine...

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:28

A.jpg- Qu'as-tu entre les pattes

- Un vieux livre

- Mais il est tout rongé aux rats, ton bouquin

- Justement

- Justement quoi?

- S'il est rongé par des rats de bibliothèque c'est que c'est un bon livre qui sent le cuir, le rat et les belles lettres

- Et que dit-il, ton bouquin?

- Rien que des sentences

- Mais encore?

- Ecoutes

 

*Le sourire des lèvres cache souvent les grimaces du cœur

 

* Paraître est parmi nos désirs l’un des plus fréquents mais aussi l’un des plus pernicieux : il gaspille jusqu’à nos plus intimes qualités.

 

* Les actes les plus vils sont souvent commandés par un amour-propre déréglé.

 

*  Nous n’accordons notre confiance que par la vanité qui nous porte à croire qu’elle est réciproque.

 

* Bien des minauderies cachent des crapuleries.

 

- C'est tout?

- C'est écrit en vieux françois et je n'ai pas mes lunettes.

- Tu liras la suite?

- Bien sûr, quand je l'aurai comprise.

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:11

1A-copie-1.jpg- Tu l'as connue?

- Bien sûr, je l'ai accompagnée sur son chemin de croix.

- Et maintenant?

 

 

Raidie dans sa robe de deuil, un foulard étroitement noué sous le menton, Pénélope regardait la mer.  

Elle venait d’enterrer Ulysse qui reposait dans son domaine, la tête sous le grand olivier, le corps bien parallèle au chemin des porcs, à l’abri d’une muraille. Elle savait qu’elle ne l’attendrait plus, en ayant pleinement fait son deuil, comme nous dirions de nos jours. 

Pendant la guerre de Troie, elle avait accepté de l’attendre, toute à la griserie d’être l’épouse d’un héros. Bien sûr qu’elle avait tremblé, la petite Pénélope, à l’idée de voir apparaître le messager de malheur, la voile noire sur les flots. On sait bien ce que c’est que la guerre des Balkans. Qu’avait-il besoin de courir derrière une dévergondée qui avait un jour choisi de suivre un homme de là-bas, de ces pays impossibles où l’on n’en finit pas de batailler. Mais enfin, ils y étaient tous et cela aide de savoir qu’on n’est pas seule dans le malheur. On avait des nouvelles de temps en temps et l’on s’aidait entre voisins. Le plus dur, c’est de n’avoir personne à qui raconter ses peurs, ses émotions, ces folles bouffées d’espérance qui la prenaient parfois. Rien qu’Eumée, le porcher, muet comme un pâtre et son petit Télémaque qui apprenait à parler dans la grande maison déserte. Elle se demandait, parfois, à le voir si refermé, si sérieux, s’il ne faudrait pas un jour le confier à un psychologue. 

Et puis, ils étaient tous rentrés l’un après l’autre, plus ou moins blessés, plus ou moins éclopés et quelques uns à peine vieillis, bien brunis par la vie en plein air, plus musclés, plus virils. Ulysse seul manquait.

Ce n’est pas à la guerre qu’elle pensait, Pénélope, en ce jour de deuil. Elle avait bien supporté la veillée aux morts, les longs cris des pleureuses. Maintenant qu’elle était seule, que son fils était parti à son tour, elle regardait la mer en silence avec ce regard douloureux qu’ont les femmes qui se penchent sur leur passé.

C’est aux dix dernières années qu’elle pensait en regardant la mer vineuse que l’ombre de la nuit - qui est un peu celle de la vie - commençait à foncer. Elle se souvenait des dix ans d’errance de son époux, les plus durs de sa vie de femme, dix ans sans nouvelles et les voisins qui la pressaient de prendre le deuil, et le jeune Télémaque qui abordait l’adolescence et qu’elle devait élever seule, sans père, avec tous les aléas des familles monoparentales. C’est à sa relative jeunesse et au relatif isolement de la campagne qu’elle avait dû de pouvoir supporter sa présence devenue turbulente sur le tard. Il l’avait bien aidée sans le savoir. Mais elle, que lui avait-elle apporté en échange?

Elle n’avait pas encore quarante ans qu’on la pressait d’oublier, de prendre le deuil, de refaire sa vie.

Elle avait tenu bon, parce que les délais légaux permettant de signer une disparition n’étaient pas révolus et parce qu’elle connaissait la violence d’Ulysse. Surtout qu’il avait le droit pour lui. Elle savait qu’en cas de faiblesse personne ne la défendrait, qu’au contraire on la lui reprocherait toujours. Même ceux qui la poussaient à franchir le pas.

Et lui, pendant ce temps-là, prenait du bon temps.

Les hommes, quand ils reviennent, trouvent toujours d’excellentes raisons de se faire plaindre et puis, quelques mois, quelques années après, voici qu’ils lâchent un mot par-ci, un mot par là, surtout quand ils sont entre hommes et qu’ils boivent à leurs retrouvailles. Elle n’était pas sourde, Pénélope, et c’étaient toujours des prénoms de femmes qui sortaient de leur bouche : Circé, Nausicaa, Calypso, Athéna et même ces sirènes dont ils taisaient le nom quand elle approchait pour servir l’hypocras. Elle était jalouse de toutes, même des sirènes qui avaient pour appeler les hommes des mots à faire rougir les honnêtes femmes, de ces mots qu’on n’entend que dans les mauvais lieux. Ulysse en personne avait dû boucher aux boules Quies les oreilles des matelots pourtant endurcis à entendre les appels des femmes dans les bouges. Mais il n’avait pas refusé de les écouter. Au contraire! Les jours où elle y pensait, elle se lavait au gant de crin à la fontaine et n’osait plus se regarder dans l’eau des sources. Elle faisait la gueule pendant des huit jours et plus. Comme bien des femmes bien élevées elle ne voyait pas d’où venait le vrai danger, croyant le trouver dans le stupre. Elle ne pouvait imaginer la place qu’avait prise chez son époux la divine Calypso, qui le retint sept ans, ni même Athéna qui finit par choisir le repos des familles en incitant Télémaque à rechercher son père - par jalousie, par dépit ou peut-être simplement par caprice, parce qu’elle désirait terminer une liaison.

Elle, pendant tout ce temps, fréquentait des jeunes gens qui grandissaient dans la paix, l’opulence et les loisirs que procuraient l’après-guerre... Elle avait fini par en aimer la compagnie. Au début, elle défaisait sa tapisserie tous les soirs par dépit, par déprime. Elle avait continué à la défaire chaque nuit avec plaisir quand elle avait compris que c’était le seul moyen de les retenir près d’elle, de ne pas les décevoir. Elle se sentait un peu trop vieille auprès d’eux dont le plus âgé était bien de quinze ans son cadet. Tous des compagnons de son fils qu’elle avait vu grandir avec leur robe et sans culotte. Qu’elle avait torchés quelquefois.

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 10:41

3-copie-9.jpgMon chat regardait lalune

- Tu voudrais bien y aller, n'est-ce pas?

- Non j'attends un puage

- Tu voudrais voyager sur un nuage?

- Que tu es bête? Un nuage, c'est un r^peve. Tu n'a jamais lu Romain Rolland?

- Non, ce n'est pas un auteur pour chats.

- Et çà, c'est chat.

 

C’était un petit nuage blond, tout rond comme une pomme d’api soufflée, un nuage très timide qui rougissait pour un oui, pour un non. Il aimait bien les bonnes brises qui le portaient gentiment. Il n’aimait pas les vents violents ni les nuages...menaçants, comme disent les grandes personnes. Il avait horreur surtout des gros noirs qui se disputent tout le temps. Il avait peur des coups, du bruit du tonnerre et du feu des éclairs. Aussi, quand il sentait monter l’orage, il s’en allait sur la pointe des pieds très loin de là.

Il était triste d’être errant pour rien. Il rêvait surtout d’être utile, mais il ne savait pas comment. Un jour qu’il a voulu tomber en pluie sur des enfants qui s’amusaient à faire des pâtés de sable, il a craint de les déranger et il s’est enfui en soupirant. On lui avait parlé des pays chauds où les hommes font des prières pour avoir de la pluie. Etre ici ou être là, qu’importe quand on est un nuage errant. Mais le petit nuage, vraiment, n’a pas le goût de l’aventure. Et  puis la chaleur, pour un nuage, ce n’est pas très recommandé.

Un matin qu’il se lamentait et qu’il sentit un rayon chauffer tout doucement deux grosses larmes sur ses joues rebondies, il lui est venu une idée : celle d’être, à l’aurore, le compagnon du soleil levant pour être le premier à renvoyer sur un monde mal éveillé les couleurs rose et dorée des matins mouillés.

C’est très utile, la beauté, dans un monde dur et méchant.

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 06:11

1-copie-6.jpgJ'ai jeté un coup d'oeil sur le manuscrit de mon maître. Son livre doit sortir fin octobre. C'est curieux comme il aime l'eau. Après le canal du midi, l'estuaire, le canal latéral à la Garonne il a encore trouvé le moyen d'écrire sur le fleuve. Comme les rats crevés qui suivent le fil de l'eau.

-

Gustave Nadaud rêvait:

« Si la Garonne avait voulu…»

Mais la Garonne, comme tous les fleuves, a dû se plier aux impératifs topographiques : hauteurs des sources, superficie des bassins de réception, thalwegs, ruptures de pentes, bassins versants, terrasses, plaines alluviales et zones d’épandages… d’où naissent les courants , les tourbillons et les dépôts. On l’a dite « terrible ». Elle est en perpétuelle évolution, en constructions, démolitions et replâtrages permanents.

Un fleuve est défini par une carte d’identité portant son lieu de naissance (la source) sa longueur, la superficie de son bassin versant et son comportement (régime, débits, étiages et crues). En vertu de quoi elle va, de son cours sinuant de seuils en souilles jusqu’à la formation d’un long et large estuaire.

La source ? Les géographes n’en donnent généralement qu’une par fleuve: le Gerbier des Joncs pour la Loire, le plateau de Langres pour la Seine, le Val d’Aran par la Garonne. Chacune en régions assez vastes pour comprendre plusieurs sources, rigoles ou rus convergents, débordements de mares ou de lacs, suintements de terre gorgées d’eau, nappes d’eau issues de la fonte de neige. Et puis, quelle est la vraie source : le point le plus élevé d’où jaillit l’eau ? Le point d’écoulement le plus éloigné de la mer ? Le ru le plus puissant d’entre les rus convergents ? La désignation de la source est plus mythique que réelle. Bien des sources furent divinisées aux époques romaines et gauloises...

La Garonne a marqué sa différence dès qu’elle est sortie de terre. Sa source a donné lieu à polémique et la science s’en est mêlée. C’est qu’à peu de distance de l’Esera qui s’écoule vers  l’Ebre, les eaux des glaciers pendus aux flancs de l’Aneto, des Barrancs et de la Maladetta s’engouffrent dans le gouffre karstique de « Forau de Aigualluts » rebaptisé Trou de Toro. Où vont-elles ? Ramon de Carbonières y vit dès 1791 une source de la Garonne sans pouvoir l’affirmer ; Émile Belloc le niait en 1900, sans pouvoir l’infirmer. Norbert Casteret les a départagés en 1931 en versant dans le trou du Toro six barils de fluorescéine dont la couleur s’est retrouvée… du côté français, dans une résurgence sortant de l’ « uell de Joeu » (l’œil de Jupiter). Cela ne faisait pas l’affaire de Aranais qui plaçaient cette source chez eux comme étant la plus lointaine, au Pla des Berets.

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 17:00

Raidie dans sa robe de deuil, un foulard étroitement noué sous le menton, Pénélope regardait la mer.

Elle venait d’enterrer Ulysse qui reposait dans son domaine, la tête sous le grand olivier, le corps bien parallèle au chemin des porcs, à l’abri d’une muraille. Elle savait qu’elle ne l’attendrait plus, en ayant pleinement fait son deuil, comme nous dirions de nos jours.

Pendant la guerre de Troie, elle avait accepté de l’attendre, toute à la griserie d’être l’épouse d’un héros. Bien sûr qu’elle avait tremblé, la petite Pénélope, à l’idée de voir apparaître le messager de malheur, la voile noire sur les flots. On sait bien ce que c’est que la guerre des Balkans. Qu’avait-il besoin de courir derrière une dévergondée qui avait un jour choisi de suivre un homme de là-bas, de ces pays impossibles où l’on n’en finit pas de batailler. Mais enfin, ils y étaient tous et cela aide de savoir qu’on n’est pas seule dans le malheur. On avait des nouvelles de temps en temps et l’on s’aidait entre voisins. Le plus dur, c’est de n’avoir personne à qui raconter ses peurs, ses émotions, ces folles bouffées d’espérance qui la prenaient parfois. Rien qu’Eumée, le porcher, muet comme un pâtre et son petit Télémaque qui apprenait à parler dans la grande maison déserte. Elle se demandait, parfois, à le voir si refermé, si sérieux, s’il ne faudrait pas un jour le confier à un psychologue.

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 10:08

P1000259.JPG-             Dis-moi, Mije, qu’est-ce que çà ?

-             C’est Bernard Palissy

-             Mais il est mort

-             S’il n’était pas mort, il serait encore en vie et on n’aurait pas besoin de lui rendre hommage.

-             C’est un hommage, çà ?

-             Un peu son monument au mort arcachonnais

-             Il est venu à Arcachon ?

-             Peut-être. De toute façon il a brûlé ses meubles sous un barbecue en forme de plateforme `chanquée’

-             Chanquée ?

-             Sur pilotis si tu veux. Tu seras toujours nulle ma fille

-             Et il fait cuire quoi ?

-             Un plat façon Bassin dans lequel il a mis, en place de ses serpenteaux et lézards de bons produits du Bassin ; des coquillages, des anémones, un hippocampe, des poissons

-             Un poisson rouge ?

-             Le plus beau du rouge.

-             En relief ?

-             Tu ne sais pas que c’est Bernard Palissy qui a inventé la barbotine.

-             Tu crois ?

-             Au fond ; je n’en  suis plus tout à fait sûr. Tu m’embêtes à la fin. Regarde et tais-toi.  

 

Hommage à Bernard Palissy - composition de Nicole Chatignol

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 09:07

4.jpg

2-copie-8.jpg- Qu'est-ce qu'ils auraient dit les journalistes poètes chansonniers d'autrefois de toutes nos histoires présnetes

- "Quand c'est gironde, çà se viole / Chair à patron..."

- "Si les femmes n'avaient pas de fesses / Qu'est-ce / Que nous ferions de nos mains / Pauvres humains"

- "Quand tombrera l'armure puiisante / De la robe et du lçinge fin..."

- "N'attazquez jamaios une femme qui tombe / Qui sait à quelq tourments la pauvrette succombe..."

- Assez! Tu me donne le tournis.

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 09:56

- Dis donc, Mije, j'ai trouvé le texte de Francis Ponge. Ecoute ce qu'il dit

 

A lintérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger ; sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en-dessus s'affaissent sur les cieux d'en-dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé de dentelle noire sur les bords.

Parfois, très rare, une formule perle à leur gosier, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.

Histoire-2.jpg

C'est quand même mieux que ce que tu écris

 

- Tu trouves çà bien, toi, un sachet visqueux et tu n'as pas parlé de l'ouverture qu'il dit être un travail grossier

- Je veux bien mais quand il dit c'est un monde opiniâtrement clos, pourtant on peut l'ouvrir. Tu ne t'es pas attaquée à l'ouverture de l'hître toi

- Ecoutes, si tu me critiques toujours comme çà, je ne dirai plus rien

- Tu ne vas pas faire comme certaines qui ne trouvent bien que ce qu'elles écrivent...

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