Est-ce que je dois revenir?
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Est-ce que je dois revenir?
- Tu as vu, Mouss', il y a un chat qui nous
ressemble.
- Je ne suis jamais allé dans l'eau.
- oui mais le poisson a des moustaches, comme un chat
- Un poisson chat? Est-ce qu'il porte ses petits?
- Oui, les chat-thons
- Je voudrais bien voir çà
Chet et chat-thon par Nicole Chatignol, céramiste
De l’hôtel Chantecler où Cocteau passait
ses vacances, à Claouey, sur le balcon de l’hôtel ou à plat ventre sur la plage, il ne reste rien que des dessins et quelques photos. L’Égypte est le seul grand pays de sable qui ait conservé des
monuments. Ailleurs, à part des carottes dans un baril, je ne vois guère ce qu’il peut avoir conservé. S’il était seulement resté le tonneau dans lequel s’est fait
photographier Radiguet, le torse su, surgissant, non de la bonde, mais d’un cul de barrique défoncée, on en eut fait un but de pèlerinage, peut-être même un lieu de culte.
Photograhie jean-Christophe Lauchas
- Dis-moi, mouss'Tu as entendu parler du Bassin ?
- Les cartographes disaient « petite mer de Buch » ou « havre d’Arcachon ». Ici, c’est seulement Arcassoun, comme les Bretons disent Morbihan. Il n’est devenu le Bassin qu’au XVIIème siècle.
- On dit n’importe quoi, alors ?
- Ceux du Cap Ferret disent le Ferret, la pointe ou les 44, jamais le Cap Ferret.
- Sans doute parce qu’ils ne le maîtrisent pas.
- Il ne faut jamais dire : « Madame est sur le Bassin » ou «Monsieur est au fond du Bassin ». On en rirait « de l’autre côté de l’eau »
- C’est qui, qui habite de l’autre côté de l’eau ?
- - çà dépend de quel côté tu te trouves.
- C’est pour çà que le Bassin est unique ?
- Comme la dune, la pointe, les 44 hectares, la forêt usagère, la ville d’Hiver... à l’exception des indigènes emportés par la marée des nouveaux résidents. _____________________________________________________________________
Me promenant sur le rivage j’y ai vu que la terre
faisait des rouleaux à l’imitation de ceux de l’Océan et qu’entre les deux l’eau allait et venait sans cesse, ce qui est bien étrange à nos yeux qui ont l’habitude de voir la mer bien rangée le
long du rivage. Les rouleaux de l’Océan bougent beaucoup plus que les rouleaux de terre dont on m’a dit qu’ils étaient autrefois plus mobiles que les dunes de nos déserts. Un Monsieur Brémontier,
ingénieur des Eaux et Forêts de son état a même dit qu’ils allaient recouvrir Bordeaux de leur sable. C’était il y a plus de deux siècles. Depuis, ils ont recouvert quelques jardins à La Teste.
Je pense que c’est cela qu’on appelle l’exagération gasconne bien qu’on la trouve dans les discours de leurs politiques – qui ne sont pas tous gascons.. Il est vrai que Monsieur Brémontier en a
fait un parc arboré en montagnes russes. Les flots les assaillent à coup de vagues et leur donnent cet aspect abrupt de murailles que nous leur connaissons face à l’Ouest de la pointe du Médoc
jusqu’au pied des Pyrénées ; C’est même ce qui aurait donné l’idée aux Allemands de les prendre pour modèle du front de l’Atlantique. Les blockhaus qu’ils y ont construit sont allés leur
lécher les pieds, une façon bien à eux de leur faire allégeance..
L’une de ces dunes est restée nue comme au jour de sa naissance. J’ai demandé à un indigène pourquoi elle l’était toujours. Il m’a répondu que c’était pour attirer les touristes. Ces gens là sont incroyables. Non seulement ils vont nus ou presque mais encore ils exigent que la nature le soit et le Maire de La Teste plus que tout autre, qui pense que la vêtir de pins serait une véritable catastrophe, bien qu’elle fut autrefois une menace pour ses jardins.
C’est une dune blonde comme il y en a chez nous, mais très haute, à plus de cent mètres, une dune que le vent d’hiver recouvre de ghours ou croissants en réduction qui lui font la chair de poule tant elle est transie. Ces petits boutons disparaissent l’été quand le soleil et les pas des visiteurs tavellent sa peau de traces plus larges que celles des pieds de nos chameaux.
Elle est blonde comme l’or. Je me demande si ce n’est pas pour cela que le préposé à la dune a refusé que j’en prenne un petit sac pour t’en rapporter. Il prétend qu’elle est classée et l’on m’a dit que les douaniers font quelquefois déchausser les gens pour voir s’ils n’en gardaient pas quelques grains dans leurs chaussures. J’ai quelques doutes quant à la capacité des chiens policiers de trouver des caches de sable chaud. J’ai pourtant tout rendu. Tout le monde sait là-bas que je suis un « estrangey » et je ne peux me permettre la moindre excentricité qui pourrait déclencher une avalanche diplomatique.
Photo Jean-Christophe Lauchas