Je ne sais pas d'où il sort tout cela mais mon chat a des tas de contes qu'il ronronne au coin du feu avant de s'asseoir
devant l'ordinateur où il prend des attitudes de poète inspiré.
C’était aux temps lointains quand la forêt recouvrait le plateau de Benauge. Les habitants venaient d’y bâtir Créon, une bastide en rond à proximité d’immenses souterrains où ils se
réfugiaient à l’annonce de chevauchées ennemies. C’est après une alerte un peu plus longue que les autres qu’une femme en sortit avec deux bébés loups qu’elle prétendait nourrir à la
mamelle.
Des louves nourrissant des petits d’hommes, nous en connaissons à Rome et dans l’Inde mais des loups nourris par des femmes, çà ne s’était jamais vu. Jeaneton était une fille de paysans durs à la peine mais quand ses compagnons d’infortune ont claqué la porte de la ville sur elle et ses loups, elle s’enfuit en forêt se disant que si les hommes se faisaient loups pour elle, les loups pourraient bien s’attendrir à son exil forcé. Quand elle dégrafait son corsage, ce sont les loups, et pas les hommes qui faisaient cercle autour d’elle. Les jeunes prenaient des précautions de loup pour ne pas blesser ses jeunes seins de leurs dents pointues.
Cela aurait pu durer longtemps s’il n’y avait eu les grands froids de Noël qui ont obligé les habitants à allumer un grand feu sur la place centrale. Cette nuit là, le veilleur de nuit s’étant cadenassé en son logis et le feu n’en finissant pas de mourir, on vit arriver deux jeunes loups dans la ville. C’était chose banale par les grands froids que cette intrusion. Bordeaux même a sa rue du Loup. Alors Créon, ville perdue en plein milieu de la forêt…
Ces loups n’en voulaient qu’aux tisons rougeoyant sur la neige. À peine eurent-ils mis le pied sur les bûches à demi calcinées que le feu reprit de plus belle, le temps qu’en sortissent deux hommes, où l’on put reconnaître un jeune seigneur et son serviteur. Ce dernier reprit son cri de guerre : « Tue, pille, mon beau seigneur
- Garde-t-en bien sur l’honneur dit alors le seigneur qui répondait aux doux prénom d’Amaury.
- Quel honneur, beau sire, vaut belle fille prise en fenière ?
Amaury, qui n’écoutait déjà plus, fonçait vers la forêt suivi de son serviteur bougonnant.
De tanière de loup, ils n’en virent point mais un beau château tout illuminé de chandelles. Une jeune femme brodait près de Jeaneton qui tricotait.
Amaury, penaud et pour une fois intimidé s’en vint près de la jeune femme pour lui présenter Jeaneton. Mais elle,
qui était fée, savait tout ce qui s’était passé et de sa baguette bénit les jeunes gens. Elle avait transformé pour un an le jeune seigneur en loup pour le punir de ses pilleries de soudard, et
le savait guéri.